lundi 12 janvier 2026

 



                     Les Deux Petits Vieux et les Deux Renards (*)


Un homme affaibli par les malheurs du temps ,

N'arrivait plus à sauver sa maison.

Il avait trois enfants

Qu'il avait élevés, travaillant sans saisons.

Sa caisse était vide,

Son modeste logis laissait entrer les vents.

Ses fils étaient partis chercher fortune au sud.

Avec sa femme, seul, rongé par l'inquiétude,

Lui qui était si bon, en devenait méchant.

Un jour sur le marché il entendit une voix.

C'était une voix forte appelant au sursaut.

"Ah voilà, dit notre homme, je vais faire le badaud."


Il s'approcha donc, les gens était nombreux,

Écoutant le parleur, jeune et portant beau, 

Dire que les étrangers leur dévoraient le pain,

Squattaient les hôpitaux ,

Commettaient des larcins.

"Notre armée est nombreuse et nous vous sauverons.

Les étrangers dehors , la retraite très tôt, 

Des aides pour vous tous, vous l'avez mérité,

Vous qui avez vécu, comme vivent les damnés.

Ah nous saurons gérer ! La chose est fort certaine,

Il suffit de couper les aides aux éoliennes."


Rentrant en son logis, heureux et rayonnant, 

Il embrassa sa femme, elle en fut fort surprise.

"Quelle dame as-tu vu, qui autant te défrise ?"


"Point de dame ma Douce.

Un homme jeune au contraire, et qui a de l'allant.

Il va mettre de l'ordre, nous donnera tant d'argent,

Que nous vieillirons bien en nous croisant les pouces.

Nous changerons le toit et les fenêtres aussi

Que depuis tant d'années malgré tous mes efforts,

Je n'ai pas pu t'offrir bien qu'elles soient pourries.

Cet homme est notre aurore. "


"Mon Ami dit la Douce, j'ai des choses à te dire.

Allant chez la crémière,

Un homme d'un certain âge, ne sachant pas sourire,

Portant cravate rouge, était très en colère.

Éructant, aboyant, le visage écarlate,

À vrai dire il hurlait; sa harangue fera date.

"Je suis l'État, dit-il, on veut vous dévorer. 

On vous vole braves gens,

On vous suce le sang. 

Je suis un camarade, le peuple est mon bréviaire,

Je suis un vétéran, un révolutionnaire.

J'aimais Fidel Castro, 

J'admire Maduro.

Moi seul peut vous sauver.

Les patrons sont des loups, 

Il faut qu'ils rendent gorge, qu'on leur prenne leurs sous,

Et puis qu'on vous les donne.

À les voir penauds, déjà je me bidonne.

Des aides pour vous tous, vous l'avez mérité,

Vous qui avez vécu, comme vivent les damnés.

La retraite très tôt, je veux vous l'assurer."


"Merveille dit le mari !

 Ils disent la même chose. Répartissons nos forces.

Vote pour le vieil homme, je me réserve l'autre.

L'un des deux gagnera et nous serons ravis.

Enfin je marcherai en gonflant mon vieux torse,

Et nos fils reviendront; nous serons bons apôtres."   


L'avenir, hélas, démentit leurs espoirs,

Le jeune l'emporta, l'argent ne rentrant guère,

Le vieux prit sa revanche, il en était très fier.

D'argent pas davantage et de fils non plus,

Qui cherchèrent ailleurs leur fortune perdue.

 Le toit fuyait toujours. Entrait le vent du soir.


"Ah bêtes que nous sommes !" disaient nos vieux amants,

Quand un soir par semaine allant boire au comptoir

Une petite anisette avec leurs vieux amis,

Frileux tout autant qu'eux, malades et boitillants:

"Leur ramage était beau,  

Ils semblaient avertis."


"C'est vrai dit un compère. Nous voilà  pourtant nus,

Nos plumes sur le corps, sont belle et bien perdues.


Les deux étaient renards et nous étions corbeaux."

 


(*) Fable librement inspirée par:

'"Le boiteux et l'aveugle"  d' Ignacy Krasicki 

Avec l'aimable concours de Jean de La Fontaine.







 




 



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lundi 5 janvier 2026

 



                                       L'air du catalogue.


Depuis de nombreuses années je ne sacrifie plus au sacrifice du 31 décembre que constituent les voeux présidentiels. Je les regarde en replay.

Un fois encore, hier.

J'ai vu un homme terne -ce n'était pas son ordinaire quoi qu'on  pense de lui, égrener  le catalogue presqu'exhaustif d'un programme lu qui, après les satisfactions d'usage, aurait été prononcé par un premier ministre dans un discours de politique générale.

Faisons court

I) Nous tenons grâce:

- à vous,

- à nos institutions 

- à nos services publics

- à nos armées

- à nos forces de sécurité

- à notre économie qui crée de l'emploi

- à notre inflation qui est basse

- notre recherche

- à notre excellence académique,

- à nos initiatives diplomatiques.

Zut me dis-je , il a oublié les médecins et les enseignants, les constructeurs d'éoliennes les ingénieurs du nucléaire et les cheminots qui, pour certains, travaillent les jours fériés.

II) Arrivent les actions qu'il faudra conduire avec exigence:

- voter un budget

- aider et protéger les agriculteurs

- simplifier la vie des entrepreneurs,

- lutter contre l'insécurité et le trafic de drogue

- renforcer la formation des enseignants et renforcer les moyens de l'école (ouf! il y a pensé)

- reconnaître la compétence des médecins en ville comme à l'hôpital (pareillement !)

- entamer une vraie décentralisation et répondre aux aspirations légitimes de la Corse et de certains territoires d'outre-mer

- instaurer un service national

Et, je suis content qu'il en ait parlé:

- encadrer les réseaux sociaux

- doter la France d'une loi sur la fin de vie dans la dignité.


Pendant que le président égrenait je me disais: il en est certainement qui l'écoutent, mais qui l'entend ?

Il me donnait l'impression de sacrifier à un exercice imposé auquel il ne croyait plus, sachant qu'il n'a plus grand jeu dans sa main.

Et j'étais triste, non pour lui, mais pour le pays.

Et me disais qu'en fait de catalogue, décidément je préfère l'air

génial, composé par Mozart sur un livret de Da Ponte  au 1er acte du Don Juan.

Tenez, lisez (*): 

                                    

Très chère dame, voici la liste

des beautés séduites par mon maître,

Une liste que j'ai faite moi-même

            Regardez, lisez avec moi.


    En Italie, six cent quarante ;
En Allemagne, deux-cent trente et une ;
cent en France; en Turquie, quatre-vingt onze ;
Mais en Espagne déjà mille et trois.

Parmi elles, des paysannes,
des servantes, des citadines,
des comtesses, des baronnes,
des marquises, des princesses,
des femmes de tous rangs,
toutes sortes, tous âges.

Chez la blonde, il a l'habitude
de louer la gentillesse;
chez la brune, la constance;
chez la blanche, la douceur.

Il lui faut l'hiver la grassouillette.
l'été, la maigrelette.
Il appelle la grande « majesteuse »,
Mais trouve la petite tout aussi « charmante ».

Il séduit les plus âgées
pour le plaisir d'allonger la liste.
Mais sa passion principale
c'est la jeune débutante.

Il se moque qu'elle soit riche,
qu'elle soit laide, qu'elle soit belle ;
Du moment qu'elle porte le jupon,
Vous savez ce qu'il fait.

Et puis écoutez:


(mettez votre curseur sur le lien ci-dessus et cliquez; Youtube apparaît. Cliquez et L'air du Catalogue arrive. Si la publicité apparaît, vous pouvez l'ignorer  quand arrive la mention "Ignorer"en bas à droite de votre écran)


  (*) Aurait-on le droit d'écrire cela dans la France d'aujourd'hui,  fut-ce pour servir une oeuvre immense ? Je n'en suis pas certain hélas.         

samedi 3 janvier 2026

 


                            


            On lui dit quoi à Poutine, maintenant ?


J'avais décidé de ne pas réagir à chaud. Aujourd'hui je fais exception.

En mars 2005, ma femme et moi attendions à la porte de notre hôtel le taxi qui devait nous reconduire à l'aéroport de Caracas. Il était un peu plus de 5 heures du matin.

Il faisait bon, nous étions dehors.

Deux voitures arrivèrent en trombe, les passagers se tiraient dessus.

Hugo Chavez était au pouvoir, il le resterait 8 ans encore. 

Les gens commençaient à faire la queue devant les magasins. Les ministres et les militaires roulaient dans de grosses limousines. Dans les rues, on avait peur.

Chavez disparu, Maduro prit le suite. 

Oligarque, cruel et corrompu, il accentua la dictature mise en place par son prédécesseur, truqua davantage encore les élections,  créa des milices qu'il lança contre ses opposants, contraignit à l'exil une large partie de son peuple affamé.

On ne faisait presque plus la queue; les vénézuéliens savaient que les magasins étaient vides.

Maduro et les siens avaient les joues pleines et le ventre rebondi.

Lisez La fille de l'Espagnole de Karina Sainz-Borgo paru en 2020. C'est un roman magnifique et poignant qui raconte du dedans la monstruosité du pouvoir "madurien" et la misère d'un peuple en détresse . 

Sans aucun doute, le régime de Maduro ne mérite-t-il pas de durer. Mais une fois que l'on a dit cela... hein ?

On dit quoi à Poutine maintenant, lui qui pense que l'Ukraine ne mérite pas l'indépendance.

On lui dit que ce n'est pas bien ? Qu'il faut respecter l'ordre international et la Charte de l'ONU ?

La parole de l'Amérique ne vaut plus, à supposer qu'elle comptât encore un peu.

Les élections de mi-mandat approchent; elles se présentent mal pour le poète qui siège à la Maison blanche. Ses taxes douanières  favorisent une inflation qui pèse sur les plus faibles, dont beaucoup, souffrant du même mal sous Biden, ont voté pour lui. Alors, comme souvent dans l'histoire, on tente un coup d'éclat. À l'extérieur.

Shakespeare a écrit là-dessus, la guerre pour unifier le Royaume d' Angleterre.

En général , ça ne paie pas. 

Xi, Netanyahou, comme Poutine ont maintenant du grain à moudre. Trump leur en a fourni, en abondance.

"L'horreur de la vieillesse est d'être le total d'une vie."

Mauriac "Le noeud de vipère"

La vieillesse de Trump est abjecte.





lundi 22 décembre 2025

 



                                                Tant qu'il y aura,


- des Laurent Mauvignier pour écrire La maison vide (merveilleux, immense selon moi,  Goncourt 2025), 

- des Guillaume Poix pour écrire Perpétuité à propos duquel on aurait aimé qu'il fût lu par Nicolas Sarkozy avant son misérable Journal d'un prisonnier . Espérant qu'après, il eut la décence de se taire.  Quel naïf fais-je!

Tant qu'il y aura des Échenoz pour écrire Bristol,  même si ce n'est pas son sommet.

Tant qu'il y aura des librairies pour refuser d'installer Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers, Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon en tête de gondole.

La France pourra espérer que son redressement viendra dans le respect de la démocratie.


Tant qu'il y aura des cinéastes de la trempe de:

François Ozon: L'Étranger

Jérome Bonnell: La condition

Ou encore

Carine Tardieu: L'attachement 

La France  continuera d'éclairer le 7ème art.


Tant qu'il y aura en Iran des Jafar Panahi  pour réaliser, fut-ce clandestinement, Un simple accident,

À Taïwan pas encore envahi, un Shi-Ching Tsou pour mettre en scène  Left-hand Girl,

Tant qu'aux États-Unis on pourra faire des films du calibre d' Une bataille après l'autre de Paul-Samuel Anderson, publier James de Percival Everett ou L'inventaire de nos rêves"de Chimanda Ngozi Adichi

Alors on pourra espérer que la liberté, à la longue, après bien des luttes, finira pas triompher.


- Et puis, vous savez le passionné de musique que je suis, tant qu'on pourra continuer d'écouter, allez, au hasard mais pas complètement...:

     Les oeuvres de Camille Pépin, d'Emmanuel Hieaux , d'Antonio Santana,  

    Les musiciens extraordinaires que sont Alexandre Kantorow, Adam Laloum, Vanessa Wagner, Edgar Moreau, Daniil Trifonov, Evgeny Kissin,  Seong-Jin Cho, Hilary Hahn, Yannick Nézet-Séguin, les Quatuors Mosaïque ou Eben, 

Et tant et tant d'autres qui nous font pleurer ou rêver - mais les larmes ne sont-elles pas soeurs de nos rêves  ? - , 

Alors, nous pourrons espérer que l'art et la culture finissant par toucher les responsables qui ne le sont pas et les barbares qui le sont, le monde connaîtra enfin des jours meilleurs.


 Chers Amis Lecteurs, c'est tout ce que je nous souhaite.

Merci de vos lectures de plus en plus nombreuses et fidèles.

Passez de belles fêtes,

À l'année prochaine.



  




 


lundi 15 décembre 2025

 


                                                           Sur:

                          "Le journal d'un prisonnier"

                                      


    J'ai acheté "Le journal d'un prisonnier".

20, 90 € payés à Fayard donc à monsieur Bolloré; Croque-notes oblige. Me console le fait que mon merveilleux libraire aura sa part.

Vous savez que Nicolas Sarkozy ne figure pas dans mon Panthéon des chefs d'État français exemplaires. J'avais décidé pourtant de lire le  "Le journal d'un prisonnier",  avec objectivité et le cas échéant sympathie voir commisération, respectant ainsi ce que j'avais écrit le 29 septembre: "Je ne le plains pas monsieur Sarkozy, enfin si, car les malheurs des autres ne me réjouissent pas".

Le livre est troussé d'une plume alerte. Sarkozy écrit comme il est: court et rapide.

Il y a quelques pages dignes, essentiellement celles consacrées aux visites que lui rend l'aumônier de la Santé , à sa famille, ou à quelques fidélités politiques ne fussent-elles pas toujours partisanes. 

Il en est d'autres en revanche qui ne le sont pas, sur les soutiens répétés de Pascal Praud, de Laurence Ferrari, de Philippe de Villiers par exemple.  

Rien que de très normal, au fond, de la part de collègues employés comme lui dans l'écurie de Vincent Bolloré.


Dans ce livre, il y a un présupposé que l'on peut résumer ainsi: 

 "Je suis innocent. Je n'ai rien fait, mais les juges sont de gauche et me haïssent."

 Quoi que l'on en pense, on ne peut pas lui reprocher de proclamer son innocence, c'était son système de défense; il le demeurera en appel, sans doute. 

On ne peut en revanche qu'être outré et inquiet par l'appréciation qu'il porte sur les juges à propos desquels il écrit: 

"Il existe en France dans nombre de milieux une minorité d'autant plus agissante qu'elle est peu nombreuse, qui poursuit un combat idéologique contre les politiques, contre la droite et contre moi qui en suis le symbole."  Nicolas Sarkozy est modeste, nous le savions.

C'est exactement le discours que Trump a tenu et continue de tenir. C'est exactement ce qu'en vertu de quoi, Trump a amnistié les envahisseurs du Capitole. C'est exactement ce qui annonce la fin possible de notre modèle démocratique. 

J'ai écrit le 29 septembre, puis le 6 octobre, ce que je pensais du jugement et de l'exécution provisoire. Je n'y reviens pas car je n'ai pas trouvé dans ce livre l'once d'un élément nouveau par rapport aux 380 pages du jugement que j'avais lues.

Rien de nouveau sauf quelques mensonges.

 Dont le plus gros est l'affirmation que la note dite Moussa Koussa,  qui faisait état d'un projet de versement de la Libye au profit de la campagne de Nicolas Sarkozy , est un faux reconnu par la justice.

Le problème, est que c'est exactement le contraire: 

Après expertises la Cour d'appel a validé le prétendu faux et sa décision a été consacrée par la Cour de Cassation.

Comment voulez-vous qu'après, on lise la suite de ce "journal"  sans se dire: 

"Est-ce que, par hasard, monsieur Sarkozy mentirait ?"

Plus j'avançais dans la lectureplus j'éprouvais un sentiment un malaise. À la fin mon malaise s'était transformé en état nauséeux. 

Tenez: 

- Voilà un homme qui a été , faisons court, maire de Neuilly à 28 ans, président de Conseil général des Hauts de Seine, chef de parti et non des moindres, ministre du budget - ayant en partie la main sur le budget de la justice donc des prisons-  ministre de l'intérieur et président de la République. 

Et cet homme découvre à 70 ans, après plus de 40 ans de vie politique qu'être incarcéré dans une prison, c'est dur, "qu'aucun espace n'exprimait le plus petit espoir ou la moindre humanité",  que le lieu de promenade "ressemblait à une cage." que l'ordinaire était constitué "de petites barquettes en plastic qui sentaient fort et soulevaient le coeur".

On est halluciné de lire que cet homme, qui pendant des années a demandé qu'on emprisonne sans délai, fut-ce avant jugement, les voleur de bicyclettes, ne savait pas ce qu'est une prison. 

S'il en avait visité, n'en serait-ce qu'une, il aurait su. 

Au surplus, il semble n'avoir jamais été informé de l'état des prisons en France.

Au fond, c'est bien le drame de cet homme. 

Nicolas Sarkozy n'était pas informé. C'est un responsable politique au plus haut niveau, auquel on n'a jamais rien dit. 

Il en est des prisons comme des visites rendues en Libye à monsieur Senoussi par ses deux plus proches collaborateurs: on ne lui a rien dit.

Orgon serait de ce monde,  on entendrait "Le pauvre homme" '


- Plaint-il ceux qui sont 4 ou 5 par cellule ?  

Juste d'un mot. "J'imaginais les autres détenus s'entassant parfois à trois ou quatre dans le même espace"  (11 m2). Où plus loin, à propos d'un incident survenu une nuit "L'étonnant à mes yeux n'était pas que l'affrontement ait eu lieu mais qu'il n'y en ait pas eu bien davantage dans une prison où le taux d'occupation était de 191%" 

Car enfin, il avait une cellule pour lui, le pauvre homme, il bénéficiait de l'attention particulière et déférente des gardiens qu'il prend soin de remercier.  Le directeur de la prison venait le voir régulièrement pour s'enquérir de son état et du soin que l'on prenait de lui. Il voyait sa famille tous les deux jours, et avait même reçu la visite du Garde des Sceaux. Il  disposait aussi, ô combien,  des moyens de "cantiner". 

Je ne dis pas que ce fut drôle, ce qu'il a vécu monsieur Sarkozy, mais enfin, un peu de décence n'aurait pas nuit. 

 Soyez rassuré, toutefois. Au milieu de son martyr,  Nicolas Sarkozy a écrit quelques lignes pour soumettre à l'attention de ses lecteurs et du peuple français, l'idée originale et généreuse qu'il faudrait tout de même faire quelque chose pour améliorer la vie carcérale en France .

Et là, pardonnez-moi, m'est revenue cette réplique d'Audiard dans la bouche de Bernard Blier: " J'ai déjà vu des faux-culs, mais vous êtes une synthèse!"

- Rend-il hommage à ceux qui, depuis des dizaines d'années, l'ont servi et ont, comme lui, à cause de lui "peut-être", été condamnés ? 

Eh bien non.

 Hortefeux qu'il appelait son frère, et Guéant ? "Deux collaborateurs"; deux lignes, même pas.

Herzog, avocat de toujours, ami de toujours, bouclier de toujours, interdit d'exercer à cause de son aveugle dévouement : un paragraphe sur le thème: "Je n'aurais pas dû le choisir, il n'avait pas les moyens".  Fin de l'hommage.

- A-t-il un mot pour les parties civiles, parentes des victimes de l'attentat du DC10 ? Oui, pour dire qu'elles sont ingrates. Pensez-donc, il les avait reçues.


Mais il faut lui pardonner à Nicolas Sarkozy. Je vous en supplie, pardonnez-lui.  Car voyez-vous, ce qu'il a vécu rencontre l'HISTOIRE, la belle, la grande, celle qu'on écrit en lettres capitales.

 "L'affaire Dreyfus prospéra sur la base de faux documents. La mienne  débuta sur la base du faux document publié par Mediapart  (voir plus haut) doublé de faux témoignages..... Dreyfus fut emprisonné à la prison de la Santé... Certes je n'ai pas été envoyé sur l'Ile du Diable" .


Puis, se référant aux Évangiles (Matthieu 5,  1-12) il cite la 4ème Béatitude 

"Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux."

Saint-Nicolas Sarkozy, priez pour nous.

Il y a la queue lors des séances de dédicaces du "Journal d'un prisonnier"  qui est en tête des ventes. 

"La crédulité de l'opinion est sans borne quand il s'agit de la vie des grands." 

Maël Renouard: "L'Historiographe du Royaume".

Même si ce grand là, on l'a lu, est minuscule.







lundi 8 décembre 2025

 


                             La fin d'un honnête homme.



Olivier Marleix a été pendant 13 ans député Les Républicains de la deuxième circonscription d'Eure et Loir, celle de Dreux, la ville où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai accompli une part décisive de ma vie d'homme: familiale, professionnelle et publique.

Le 7 juillet dernier, Olivier Marleix a mis fin à sa vie. 

Quelques jours auparavant, il avait adressé à son éditeur, Robert Laffont,  le manuscrit d'un livre à l'écriture vive et au titre fort: "Dissolution française".

Quand il a été élu député en 2012, cela faisait près de 20 ans que ma vie professionnelle m'avait conduit ailleurs; je ne le connaissais pas. Beaucoup de mes proches en revanche oui, qui tous l'estimaient voir l'aimaient, eussent-ils parfois des opinions différentes.

Olivier Marleix avait la triple qualité d'être un passionné de la France, d'ériger la fidélité et l'éthique politique en vertus et d'aimer les gens.

Passionné de la France - ses références au Noeud gordien  de Georges Pompidou sont frappantes- , il avait été révolté par la cession à des multinationales étrangères sous François Hollande de deux fleurons stratégiques de notre outil industriel: la branche énergie d'Alstom à General Electric, et Alcatel à Nokia.

Les dossiers avaient été pilotés par Emmanuel Macron secrétaire-général adjoint de la présidence de la République puis validé par le même Macron, ministre de l'économie puis président. Plus tard, la France serait contrainte de racheter moins agréablement, l'essentiel de ce qu'elle avait vendu.

Dans les deux cas il s'agissait de la souveraineté nationale. Il avait raison.

De même, bien qu'européen convaincu , il était consterné par la passivité de la France face à la place grandissante qu'avait prise Bruxelles et sa "Direction de la concurrence" qui, mettant à répétition son veto à des opérations  de rapprochement intra-européennes, laissait ainsi le champ libre à la concurrence, chinoise notamment.

De même avait-il été révolté par la décision de la France sous François Hollande, une fois encore, de réduire le parc nucléaire  pour des motifs d'alliance électorale, décision sur laquelle 10 ans plus tard, "à la faveur" de la crise énergétique et géopolitique,  nous étions contraints de revenir avec des coûts de remise en ordre et d'entretien délirants.

Pour lui rien n'importait davantage que la souveraineté nationale qui, à rebours des extrêmes qu'il détestait, n'était pas le repli. 

Il raconte de façon passionnante son expérience de président de son groupe parlementaire, ses négociations avec Elisabeth Borne qu'il estimait , et avec d'autres qu'il estimait moins.

Il faut savoir comment cela se passe, à la cuisine. Il l'a fort bien écrit.


Fidèle,

Marleix ne trahissait pas ceux qu'il avait servis. Sa fidélité allait jusqu'à l'aveugle pardon. L'aurais-je connu, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres , je ne suis pas militant LR, aurions nous débattu sans aucun doute. J'en aurais été heureux.

Mais voyez-vous, au hasard:  entre un Balladur qui, au motif de son ambition, tourne le dos à Chirac qui pourtant l'avait placé là, entre un Macron qui, ministre de Hollande -pour lequel je n'ai pas grande admiration pourtant- , élevé par lui, crée dans son dos une machine destinée à le tuer, lui mentant comme un enfant de 10 ans n'oserait pas le faire, eh bien voyez-vous, entre ces deux-là et Olivier Marleix, j'ai choisi. Cela ne m'a pas pris de temps.


Marleix aimait les gens:

Son analyse, je la partage, est que la grave crise politique, sociale et sociétale que nous vivons trouve pour une bonne part sa source dans l'ignorance totale, je dirais crasse, qu'Emmanuel Macron et son cercle ont de la vie des gens. 

Cette ignorance a présidé à sa politique, sa politique à son rejet et son rejet à l'arrivée hélas prochainement fort possible de l'extrême droite.

Lui allait dans les quartiers, dans les campagnes, il recevait les gens et allait les voir, chez eux.

Il raconte notamment ceci:

Pendant la campagne réussie pour sa réélection, il visite un village du Perche et fait du porte-à-porte.

Il sonne à une maison. Un monsieur lui ouvre, ils discutent et le monsieur lui dit:

"Je me lève à 6 heures chaque matin pour aller travailler, et avec mon salaire je n'y arrive pas. Mon voisin est au chômage, il a une plus belle voiture que la mienne. Ça ne peut pas continuer, je voterai RN."

Après avoir tenté d'expliquer à ce monsieur respectable que le RN qu'il détestait  n'est certainement pas la solution à son malheur, Olivier Marleix est allé sonner chez le voisin qui lui dit:

" Je suis au chômage, on ne m'aide pas, je voterai RN" 

Et Olivier Marleix de conclure en substance, "voilà où nous en sommes arrivés !"


Dans Le mythe de Sisyphe" Camus a écrit:

"Un geste comme le suicide se prépare dans le silence du coeur, au même titre qu'une grande oeuvre".

Et il poursuivait:

" Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide"


Je ne sais pas, évidemment,  ce qu'il y avait dans le silence du coeur d'Olivier Marleix.  

À le lire j'ai ressenti  toutefois le désespoir. Celui d'un homme engagé, effondré par ce qu'on avait fait du pays auquel il avait voué sa vie.

Ce que je sais, en revanche c'est que la France a perdu un honnête homme.

Ils ne sont pas si nombreux; j'en suis bien triste.

Chers amis Lecteurs, lisez Dissolution française.  







lundi 1 décembre 2025

 


                                     L'Ours et le Paon

 

 

Un Ours en sa tanière avisait un terrier.

Un autre, avant lui, l'avait laissé filer.

Ce logis était mince, y vivaient des lapins,

Heureux, et gambadant. Les carottes poussaient,

La terre étant fertile, on y trouvait du blé.

Leurs voisins alentour étaient tous des alliés.

 

Point n’était tant besoin, car les lapins sont sages.

Ils font leur besogne et ne veulent point la guerre.

Mais l’Ours était méchant, envieux et criminel,

Menteur, froid comme une lame, martyrisant ses pages,

Il voulait ce terrier, et avec lui la terre,

Et son blé, ses carottes, ses ruches et puis son miel. 

 

« Que peuvent ces animaux si petits et peureux ?

En quelque jours j’aurai avec l'aide des dieux ,

De mes vils mercenaires et de mes braves bandits,

Massacré ces lapins, récupéré les lieux. »

 

Les voisins terrifiés, ne surent trop comment faire,

Se dirent consternés par une telle invasion.

Ils se parlaient beaucoup, envoyaient quelques vivres,

L’Ours n’avait pas peur, car parler n’est que givre.

"Ce qu’il faut, disait-il, c’est être militaire".

 

Les lapins le surprirent. Se battant comme des lions,

Courant, tendant des pièges, dressant haut leur fanion,

Trouvant mille et mille ruses et autres entourloupes.

Étourdissant les troupes,

Ils trompaient le barbare et ses brigands armés. 

La guerre allait durer .

 

Un Paon de vielle souche, ventru, et fatigué,

Le visage rougi par les lampes à bronzer,

Qui avec des briques s’était fort enrichi, souvent de façon louche,

Rendit visite à l’Ours, plastronnant comme d’usage.

Il attendait de tous qu'ils lui baisent les babouches.


« Regarde qui je suis, avise mon plumage !

Que font tes lourds soldats dans la course aux lapins!

Il suffit que je vienne et convoque leur chef, 

Le tance et menace de le priver de pain.

Dis-moi ce que tu veux, expose tes griefs.

Les lapins, peu m’importe.

Je sais faire mon ami, avec la manière forte.

Mais comme toute peine mérite récompense,

Sur les terres des lapins je veux remplir ma panse. »

 

L’autre se dit « Quel sot ! Il suffit de sourire,

De dire que je l’admire.

Ce que je lui donnerai, n’est rien bien au contraire,

Ses profits misérables enrichiront ma terre. »

 

« Très bien, lui dit notre Ours, tu es un bel oiseau,

Le plus beau, le plus fort, le plus intelligent ! »

« Le plus riche aussi !» lui dit cet imbécile,

« Certainement lui dit l’autre », bien plus riche que lui,

Des sommes détournées depuis plus de trente ans,

Sur le dos de son peuple pillé par des serviles,

Qu’il tenait dans sa patte, comme on sert un moineau.

 

« Mais je veux quelques terres, car j’ai eu de la peine.

Aperçois-tu là-bas ce qui est dans la brume?

Ces bois que tu vois là se nomme une garenne ;

Si tu me la procures, je signe de ma plume,

Une paix fort durable et te récompenserai

De quelques belles affaires pour le prix de cette paix. »

  

Ainsi fit notre oiseau aussi bête que riche,

Promettant aux plus faibles sa forte protection.

"L'Ours leur dit-il, me craint fort dans l'action."

Puis quelques temps plus tard,  renversant son propos,

Menaça leur chef et puis le priva d'eau.

Les lapins assoiffés , sans pain et sans carotte,

S’assirent à la table. Leur chef n’en pouvait mais.

Il savait bien pourtant que comme fragile potiche,

La paix durerait peu; le temps que dure un vote.

 

Le Paon tout à son aise, plastronnant au plus haut,

S’en retourna chez lui où sa cour l’attendait.

Quelques semaines plus tard, alors qu’il faisait chaud,

L’Ours voulut davantage. Et ainsi chaque été.

 

La Paon devenu vieux, ayant fait son profit,

Se disait « après tout, l’Ours est un bon compère.

Il m’a fait quelque place, j’ai fait de belles affaires.

Une parole n’est rien, sauf si elle m’enrichit. »

 

Le temps avait passé, 

L'Ours était très puissant.

Le Paon méprisé n'avait que son argent.

C'est un âge pourtant où cela ne compte guère,

Que voulez-vous qu'on fasse lorsqu'on est grabataire.


Incontinent, gouteux, inventant des caprices,

Une casquette orange sur ses cheveux jaunis,

Il était fort miteux caché sous une pelisse.

S'appuyant sur une canne à pommeau d'ambre,

Le vieux paon piétinait, tenu jusqu'à sa chambre

Par une mexicaine, qui le mettrait lit.

Le regard haineux, sans femmes et sans amis,

Il attendait la mort, l’appelant avec rage.

Elle le faisait attendre, pour qu’il souffre davantage.

 

Quand on trahit les siens, 

Qu'on n'aime que soit-même,

Qu'on ne célèbre qu'un culte, celui du billet vert,

Les dieux, mauvais chrétiens,

Se rient de vos misères,

Et vous laissent souffrir plus longtemps que carême.


 

 (*) Fort libre adaptation de Le Paon et le Choucas , fable d'Ésope