Nominations ?
Vous avez dit : "ces nominations,
Comme c'est bizarre !"
"J'ai dit bizarre ?"
Non, vous avez dit : "ces nominations sont bizarres".
"Comme c'est bizarre!"(*)
Lorsqu'en novembre 2015 François Hollande avait nommé François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la Banque de France, j'avais trouvé cela baroque et à vrai dire imprudent.
Le numéro 2 de BNP Paribas, la plus grande banque de la zone euro, devenait en même temps qu'il était Gouverneur, le président de l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution dont une des missions, la principale à vrai dire, est d'exercer son contrôle sur les banques, dont la BNP Paribas bien entendu.
On risquait le conflit d'intérêt.
La personnalité éminente tant au plan professionnel qu'éthique de monsieur Villeroy de Galhau a permis que ce risque ne se matérialisât pas. BNP Paribas fut sanctionnée comme les autres, les rares fois où cela fut nécessaire, en 2017 notamment. Le gouverneur avait pris soin de ne pas siéger.
Deux ans auparavant, le même François Hollande avait fait nommer Jack Lang à la présidence de l'Institut du Monde Arabe. On savait déjà que l'homme était discutable. Son train de vie étonnamment élevé, ses pratiques seigneuriales intriguaient, pour le moins .
"On savait", sauf François Hollande manifestement.
Sitôt en place l'homme se fit attribuer par le conseil d'administration une coquette rémunération , voyagea beaucoup, fit nommer un traiteur à demeure, déjeuna et dîna sans payer dans des restaurants huppés, au point que certains ne l'acceptaient plus. La patron de Chez Edgar cité par le Monde confia à un ancien ministre du gouvernement Jospin " Les Lang, chez moi, plus jamais. Ils me doivent dix ans de déjeuners".
À Cannes on rapporte qu'il dépensait 3 à 4 fois plus que les autres invités et ne payait rien. "Tout le monde savait qu'il ne payait rien à Cannes" témoigne l'ancienne ministre de la culture, Rima Abdul-Malak.
Et pourtant, François Hollande le fera reconduire pour un deuxième mandat.
Puis ce fut au tour d'Emmanuel Macron, pour deux mandats supplémentaires, dont le dernier en 2023, alors qu'il avait 84 ans, les cheveux teints et ressemblait à une momie desséchée.
Tout le monde savait, sauf Emmanuel Macron manifestement.
On apprend maintenant que cet homme indélicat a fait des indélicatesses dans des paradis fiscaux, avec un homme "infréquentable".
Quelle surprise !
En 2025, Emmanuel Macron nomma la présidence du Conseil Constitutionnel Richard Ferrand qui venait d'échapper à une condamnation pour prise illégale d'intérêt au motif que, et uniquement que, l'affaire était prescrite.
Devant le parlement monsieur Ferrand fut confirmé par 38 voix pour et 58 voix contre, vous lisez bien. 58 voix n'étaient pas les 3/5èmes requis par la constitution pour invalider cette nomination; il en eut fallu 59.
Quelle magnifique légitimité !
Nous voilà maintenant devant la nomination de madame Amélie de Montchalin à la présidence de la Cour des Comptes.
À cette éminente fonction, elle aura à juger la politique budgétaire largement élaborée par la dite Amélie de Montchalin. On me dira que les décisions de la Cour sont collégiales et que ses magistrats ne sont pas des veaux.
Je le sais bien mais peu m'importe; cela ne se fait pas.
Dans quelque juridiction que ce soit jusqu'à la plus modeste, un juge ne peut pas siéger si l'affaire qui vient devant son tribunal le concerne, fut-ce indirectement.
Madame de Montchalin aurait dû décliner. Qu'elle ne l'ait pas fait est une faute.
Qu'elle soit compétente, n'est pas le sujet.
Le sujet, le problème, - appelez cela comme vous voudrez, certains diront le scandale- , soulevé par ces nominations c'est l'entre-soi, le mépris des bonnes pratiques et, somme toute, l'utilisation abusive des positions acquises ou confiées par le peuple souverain.
Le sujet, c'est que les français vont se dire, que ce que fait le président de la République est très mal et qu'au fond il s'en moque.
"Quand on lui parlait (de sa femme), il avait des larmes mais superficielles, comme la transpiration d'un homme trop gros."
Marcel Proust: Sodome et Gomorrhe
Peut-être Proust aurait-il écrit la même chose à propos d'Emmanuel Macron auquel on aurait parlé des soucis des français.
(*) Inspiré par le dialogue extraordinaire entre Louis Jouvet et Michel Simon dans Drôle de drame.
Film de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert