La Chèvre, le Bouc et le Loup
Dans une vallée paisible, une chèvre un matin,
Allant chercher son herbe.
Croisa un vieux bouc, qu'elle connaissait bien.
Il se pensait superbe.
La lippe dédaigneuse, hurlant et injuriant,
Il admirait son verbe, et prenait des postures,
Se trouvant encore beau malgré le poids des ans.
- Où vas-tu donc vilaine à cette vive allure ?
- Chercher mon herbe Monsieur puis, sans contrepartie,
Aider mes supporters à gagner des mairies.
Car on vote bientôt dans toutes nos bergeries.
- Crois-tu que je l'ignore femme stupide et molle ?
Sans moi n'espère rien, car je suis leur idole.
Dieu sur mon auguste front a posé son long doigt,
Il n'est qu'une victoire, elle passe par moi.
Faisons campagne ensemble dit le mâle encorné,
Je serai votre chef, et tu m'obéiras,
Les bergeries tomberont autant que l'on voudra.
Étant le plus intelligent et le plus cultivé,
On louera ma vaillance à longueur de journée.
Dans un an tu verras, je serai couronné.
- Mon Dieu, dit la donzelle, pour qui crois-tu me prendre!
Tu es bien prétentieux or, ma foi tu sens fort.
À force de tant d'injures et de haine distillées,
Mes chèvres c'est certain te feront un linceul,
Viel homme abandonné à ta contemplation.
Tu finiras bien seul
Et sans acclamation."
Sur ce la fière dame revint en son logis,
Convoqua les journaux et déclara ceci:
" Le vieux bouc se croit Dieu, nous lui tournons le dos.
Je ne veux point d'accord, voilà mon dernier mot".
La-haut sur la montagne, un loup déterminé,
Observait cette scène d'un air fort amusé.
Se léchant les babines il dit à ses lieutenants
"Attendez quelques jours, et leurs nouveaux slogans"
- Les jours passèrent donc et on alla voter;
La chèvre en bien d'endroits n'avait pu l'emporter.
- Alors vieille prétentieuse, que dis-tu maintenant,
Refuses-tu toujours de m'avoir pour amant ?
- C'est qu'hélas les vents aujourd'hui sont contraires,
Et bien des bergeries, iront à l'adversaire.
Ton odeur finalement est plutôt agréable.
Passons donc un accord, ceci n'est pas coupable.
En silence cependant,
Ma vertu en dépend.
C'est ainsi qu'il fut fait. Dans bien des bergeries,
La chèvre ainsi sauva certains de ses amis.
Mais les succès furent maigres, à vrai dire dérisoires,
Car les brebis furieuses refusèrent de boire.
Le Loup sur sa montagne était tout en sourires.
- Dormez mes bons amis, mentir est un métier.
Croyez moi, j'en suis maître et vais le leur montrer.
Cette chèvre naïve nous offre le lacet
Qui dans un an d'ici, lui serrera le cou.
Nous n'aurons plus qu'à dire:
"Ne les écoutez point ces gens sont des menteurs.
Tout ce qu'ils vous promettent, est serment de filous."
La victoire est en marche, nous sommes ses chevaliers.
Allez vous préparer, c'est maintenant notre heure.
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