lundi 15 juin 2026

 



                                   Ces chiffres qui nous terrifient.

    

Une enfant de 11 ans a été enlevée, sans doute violée, puis tuée et son corps caché dans un silo désaffecté, par un pervers ami de la famille.

L'émotion populaire est considérable, virulente et sincère.

"L'émotion" politique s'en nourrit, et oserais-je écrire, chez certains s'en délecte, à l'approche des échéances. Relisez Tartuffe.

Ce n'est pas nouveau. Mais s'agissant de la mort d'une enfant, c'est détestable.

La justice est à la peine, en France. 

Y-a-t-il eu des manquements de la part de magistrats?  Visiblement oui.

De la part de gendarmes? Visiblement tout autant.

Des têtes vont tomber, sans doute, aux échelons inférieurs.


J'imagine la douleur des parents de Lyhanna. Perdre un enfant est insupportable. Perdre un enfant dans ces conditions, c'est devoir vivre en enfer.

 Je ne sais pas grand chose de ce drame; je lis la presse comme tout le monde. Il y a une enquête; elle dira. 

Ce que je sais, en revanche ce sont les chiffres terrifiants. 

Entre 2017 et 2024, 178.000 personnes ont été mises en cause pour agression sexuelle, dont 40% c'est à dire plus de 72.000, sur mineurs. (*). 

Si l'on resserre le spectre en limitant l'observation à la période 2020-2024,  le nombre des personnes mises en cause a augmenté de 56%.  Celui des mis en cause pour viols de 84%. (*)

En 2025 plus de 76.000 mineurs ont subi des violences sexuelles. 

Les chiffres explosent. 

Ils ne tiennent pas compte évidemment de tous les cas non révélés, ou non retenus.

Y-a-t-il plus de pervers ? Sans doute. Beaucoup de ces malades  sont incités à passer à l'acte par des sites pédophiles qui prolifèrent.

Le NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children) transmet chaque année des centaines de milliers de signalements aux autorités françaises, dont celui du meurtrier présumé de la petite Lyhanna. (Le Monde du 13 juin). Il s'agit de gens qui vont sur des sites pédocriminels. 

Des centaines de milliers, chez nous !

Au surplus, le nombre d'agressions sexuelles révélées  sur des femmes majeures augmente tout aussi fortement.

L'explosion de ces statistiques résulte largement aussi, de ce que les victimes et les parents des enfants victimes osent sortir de l'anonymat que leur imposait, malheureusement, un injuste sentiment de honte.

Et en face, quels moyens ?

3 procureurs, 11 juges pour cent mille habitants.

Le budget français de la justice par habitant  - 77 €- , est un des plus faibles de l'Union européenne. (**)

Soyons justes, depuis le passage du ministre Dupont-Moretti place Vendôme, l'État fait des efforts considérables pour augmenter le nombre de magistrats.

Mais nous partons de tellement loin. 

La loi d'orientation et de programmation du ministère de la justice pour la période 2023-2027 a prévu le recrutement de 1.500 magistrats et 1.800 greffiers.

Le plan, pour une fois, est suivi.

Mais il en faudrait tellement plus. Tenez:

En Allemagne il y a 25 magistrats professionnels pour 100.000 habitants.

Si vous avions le même ratio que l'Allemagne le pays compterait 17.000 magistrats de plus. 

L'Allemagne dépense pour sa justice 136 € par habitant, 59 € de plus que nous. 

Pour se mettre au niveau de l'Allemagne il manque 4 milliards. 40%  du budget de la justice ! 

Oui, vous lisez bien, 40%.

Alors forcément, les magistrats ne travaillant pas dans la sérénité, que pourtant leur fonction commande, font des erreurs. Ce sont des femmes et des hommes,  comme vous et moi.

Quand chez Stellantis, monsieur Tavarez mettait trop de pression sur ses équipes, les ingénieurs se trompaient dans leurs calculs, les usines fabriquaient trop vite et les voitures tombaient en panne.

Quand chez les magistrats la pression est trop forte et qu'ils font des erreurs, une enfant peut être enlevée, violée et tuée. 


Puisse la mort tragique de Lyhanna réveiller les consciences, plus longtemps que le temps d'une campagne électorale. 

Les Parents de Lyhanna se taisent.

"Il n'y a pas de plainte plus digne que le silence".

Mia Couto "Le cartographe des absences"



(*) Source INFOSTAT Justice

(**) Source CEPEJ 2024




 


 

 

lundi 8 juin 2026

 


                                   Boualem Sansal n'est pas un salaud


Il y a peu, un ami que je n'avais pas vu depuis des lustres, m'a fait signe. Nous avons déjeuné ensemble.

Après nous être raconté brièvement nos vies, nous avons parlé de l'Italie qu'il connaît parfaitement, je revenais de Toscane, puis de littérature, puis de liberté.

Puis des deux. Puis de Grasset et forcément de La Légende, le dernier livre de Boualem Sansal que je n'avais pas encore lu.

C'est fait.

Sansal, publié chez Gallimard depuis 27 ans, est donc soudainement passé chez Grasset , c'est à dire chez Bolloré. La date de sortie de son livre ayant servi de prétexte au dit Bolloré pour faire "virer" Olivier Nora. (Voir La leçon d'Hermès, mon article du 20 avril).

Voici les faits tels que Boualem Sansal les relate à la fin de son livre.

Sorti de prison où il a croupi pendant un an, il arrive en France, sans argent et sans logement. Le Crédit Lyonnais a clôturé son compte; c'est la froide procédure. Un de ses employés lui a prêté 500 euros en attendant que son compte soit rouvert et ses fonds débloqués. Antoine Gallimard l'héberge dans un appartement, lui et sa femme. 

Trois mois plus tard, il lui demande de quitter l'appartement dans les huit jours; il veut le récupérer pour une proche qui connait une situation difficile. 

L'intention était louable. La manière ne l'était pas.  

Furieux, vexé, il part dans l'instant. Avec un caractère de sa trempe, et après ce qu'il avait vécu, on oserait dire que c'était couru. 

Arnaud Lagardère, "passant par-là"  l'a relogé; le monde de l'édition est petit, tout se sait, et lui a fait accorder un beau contrat;  dix fois ce que lui faisait Gallimard ; un million d'euros contre cent- mille.

Sansal a vécu alors, l'offre de Gallimard comme une trahison.

J'aurais préféré que quittant la rue Gaston Gallimard, il allât par exemple  aux éditions du Seuil, rue Gaston Tessier ou, quitte à voyager, filât vers Arles place Nina Berberova, chez Acte Sud. 

Mais il fallait bien se loger et le chèque était tentant.

Qu'il ait accepté l'offre de Bolloré transmise par Arnaud Lagardère n'en fait pas un salaud. 


Alors La Légende maintenant.

Ce livre est un livre de combat contre l'arbitraire qui règne dans un pays, lAlgérie, où il s'appuie sur deux cannes:  dans une main la bêtise, dans l'autre la corruption.

Arrêté sans motif à sa descente d'avion, alors qu'il retourne chez lui. 

Jeté en prison: 6 m2 pour deux.

Privé d'avocat, jugé en cinq minutes: réquisitoire du procureur contre un écrivain qui " porte atteinte à la sécurité de l'État" parce qu'il écrit ce qu'il pense et, une fois le réquisitoire terminé, la présidente du tribunal qui dit: "Nous avons un verdict: 5 ans. Emmenez le prisonnier"

Puis le cancer, la faim, le froid, la canicule,  et ce surnom que ses camarades de la prison de Koléa  lui donnent,  La légende.  Parce qu'ils savent qu'on parle de lui à l'extérieur, à l'étranger même. Eux dont l'univers est borné par les murs de Koléa, prison immense et sordide. Ils en font un envoyé de l'histoire; peut-être ont-ils raison.

Alors cet homme qui est un rebelle ne cède pas. Il déprime parfois, il pleure aussi, car c'est un homme et les vrais hommes pleurent. 

Le passage où il décrit son angoisse parce que sa femme n'est pas venue le voir, deux fois de suite, et qu'il a peur qu'elle ait été elle aussi emprisonnée est poignant.

Elle était malade et n'avait pas réussi à le faire prévenir.

C'est ce qu'il nous raconte avec sa détestation et son mépris du président- dictateur Tebboune. 

Et c'est beau.

Il y a les excès, malheureusement:

- Sansal se compare, à Dreyfus, à Soljenitsyne, à Novotny. S'il avait écrit son livre en prison on l'aurait compris. Mais une fois sorti, après une année, on le comprend moins.

- Il fait de Retailleau un héros à propos duquel écrit-il , se propageait dans la prison la rumeur qu'il allait faire comme Trump avec Maduro; enlever le président-dictateur Tebboune. Sauf que, quand Trump a fait enlever Maduro, Sansal était revenu en France depuis deux mois. Confusion d'un esprit fatigué.

 Olivier Nora n'aurait pas laissé passer cela. Le "faisant fonction d'éditeur" qui l'a remplacé, si.

Avec La Légende, Boualem Sansal nous a livré un opus au style peu fluide, haletant, comme ce qu'il a vécu, et dont j'ai trouvé à vrai dire la lecture parfois malaisée. 

Reste son émouvant amour pour sa femme et quelques phrases  où on le retrouve tel qu'on l'a lu dans un temps passé:

"En Algérie la justice n'est pas attendue, elle survient."

À propos d'un surveillant qui voulait être médecin: "Il voulait soigner des corps. Il surveillait des existences."

En appel, devant la Cour, alors qu'il sait que disant ce qu'il va dire, il risque de voir sa peine doublée, il a ce courage:

"Je ne critique personne, je dénonce un système de prédation et des despotes qui abusent de leur pouvoir contre les individus et les populations"

Et, détournant Albert Camus , " Mal nommer les choses c'est ajouter aux malheurs du monde" , lui écrit:

"Bien nommer les choses fait le malheur de celui qui prend le temps de les nommer et de ceux qui prennent le temps de l'écouter"

C'est ce qu'il a vécu, c'est son courage. Chapeau bas !

Mais y a des choses que l'on comprend mal chez Sansal, comme son admiration pour Camus que je partage, oh combien, et son amitié pour Philippe de Villiers que je méprise.

Ou encore sa détestation de la corruption alors qu'il se place sous l'ombre vénéneuse et corruptrice de Bolloré.

Alors, on ne retrouve pas dans La Légende le magnifique auteur du Village allemand et de 2084: la fin du monde.

Mais il faut comprendre et accepter que Sansal est obsédé par la montée de l'Islamisme radical et par la dictature. C'est là-dessus qu'il écrit, ce n'est pas nouveau.

 Il faut comprendre que c'est un vieil homme un peu perdu, meurtri, amer et qui souffre. 

Bolloré va l'utiliser jusqu'à la corde.

Mais voyez-vous, Grasset, je lui pardonne.

Boualem Sansal n'est pas un salaud.

Boualem Sansal est simplement l'instrument d'une saloperie.






lundi 1 juin 2026

 



                                   J'ai envie de vous parler de l'Ukraine



En novembre 1991, je conduisis  en Ukraine une délégation de chefs d'entreprise du département d'Eure et Loir dans lequel je sévissais encore. Ils souhaitaient explorer la possibilité d'y développer des affaires une fois l'Ukraine indépendante.

Cela se passait 15 jours avant le référendum d'autodétermination. Nous fûmes accueillis par le patronat ukrainien à Kiev,  deux ministres dont celui de la santé, le département d'Eure et Loir comptant une industrie pharmaceutique solide

Le samedi, on nous emmena à l'Opéra voir une superbe représentation du Prince Igor de Borodine.

J'avais manifesté le souhait d'assister à l'office du dimanche à la cathédrale Sainte Sophie. Nos hôtes en étaient manifestement heureux. On nous accompagna, nous étions du côté droit de la tribune, surplombant la cathédrale bondée de croyants participant avec ferveur à un rituel magnifique. 

Le choeur à notre gauche, comme à toucher. En son sein des membres qui, la veille au soir, chantaient à l'opéra les Danses Polovstiennes.

C'était fascinant et je me disais, quel peuple !

Puis on nous fit visiter des usines, souvent délabrées dont la production était généralement limitée à une partie d'un tout, conséquence funeste de la division géographique du travail voulue par Staline. Il ne fallait pas qu'une des républiques soviétiques fut autosuffisante en quelque manière, de sorte qu'une commode dépendait de l'approvisionnement de plusieurs républiques: à l'une les pieds à l'autre les tiroirs etc.

Je me rappelle une usine de produits chimiques qui fabriquait aussi des shampoings . Nous regardions discrètement vers le toit pour éviter les gouttes qui tombaient depuis des tuyaux vétustes.

Nos interlocuteurs étaient sympathique, intelligents, souvent brillants. Ils attendaient la libération pour sortir d'un système absurde.

Et puis, nous fûmes autorisés à aller dans l'Oblast d'Ivano-Frankivsk, à l'ouest du pays.  C'était à l'époque une région militarisée interdite aux étrangers. Nous étions sous une bonne mais souriante garde.  On sentait bien que les choses changeaient.

L'atmosphère était joyeuse. Dans la rue, les hommes venaient nous serrer les mains avec effusion, les femmes nous embrasser. Nous étions les annonceurs innocents de la liberté. 

Comme tous les membres de la délégation, j'étais terriblement ému.

Évidemment depuis, je suis ce pays magnifique.

 Le 1er décembre 1991, les ukrainiens votèrent donc, en masse. Le taux de participation s'éleva à 84%. Ils avaient à répondre à la question suivante: 

     "Êtes-vous favorable à la déclaration d'indépendance de l'Ukraine ?" 

OUI: 92,26%

Que vota la Crimée aujourd'hui occupée ?

OUI à 56%.

Onze mois auparavant, en janvier 1991, le gouvernorat de Crimée avait organisé un référendum. La question posée aux électeurs était  :

"Êtes-vous favorable au rétablissement de la République socialiste autonome de Crimée comme sujet de l'URSS ?"

Le score fut tout aussi massif: 

OUI: 94,30% avec un taux de participation de 92%.

On imagine que ces résultats étaient sujets à caution. Cependant le croisement des deux scrutins dans cette singulière Crimée, dont la population russophone représentait à l'époque 67% de la population totale, montrait clairement qu'il y avait là un sujet.

L'Ukraine en a d'ailleurs toujours été un pour la Russie. Bien avant  Catherine II. Puis avec elle sérieusement. Puis incessamment jusqu'à Staline qui a affamé sa population entrainant la mort de plus de 5 millions de personnes. 

On comprend pourquoi les ukrainiens ont accueillis les allemands en libérateurs. Prétexte saisi par Poutine justifiant son "opération spéciale" par sa volonté de dénazifier l'Ukraine.  Un peu comme si Al Capone avait voulu éliminer le crime organisé.

La vérité est que pour la Russie, l'Ukraine n'existe pas. L'Ukraine c'est la Petite Russie, nom que Tchaikovsky  a d'ailleurs donné à sa 2ème symphonie.

Richard Moore, ancien chef des Services secrets britanniques cité dans Le Monde par Alain Frachon  a dit:

"Il y a deux Poutine. Le premier est réaliste, froid, brutal, c'est le Poutine qui marchande. Mais il y en a un autre, un idéologue qui, au fond de lui même est convaincu que l'Ukraine n'a pas le droit d'exister."


Alors je vais vous dire mon sentiment .

- En signant avec l'Ukraine, courant février 2014  un accord cadre,  dit de Partenariat pour la paix,  annonciateur d'une adhésion , et donc d'une possible installation de ses armes à la frontière russe,  l'OTAN et ses membres ont donné un prétexte à Poutine.  

- Peu de jours après, le 28 février 2014, il l'a saisi en envahissant la Crimée.

- Le lendemain des accords de Minsk du 12 février 2015, j'avais écrit à un ami "Poutine ne s'arrêtera pas là car il sait, comme Hitler, que les démocraties sont faibles".

On sait ce qu'il est advenu.

Comme celle de Trump en Iran, l'opération devait aller vite. On voit bien qu'il est embourbé.

Mais à la différence de Trump, qui faible et inconstant signera sans doute un mauvais accord avec l'Iran , Poutine ne cédera pas.

Son peuple est asservi et le FSB le surveille chaque jour davantage.

Poutine a des réserves de chair à canon, à laquelle s'ajoute celle que lui fournit la Corée du Nord et celle enfin (?) qu'il achète en Afrique. 

Ils partent se faire tuer et n'ont le droit que de se taire, car comme l'a écrit Laurent Mauvignier dans La maison vide, "on ne demande pas son avis à la chair à canon".

Il sait au surplus que Trump se moque de l'Ukraine , et voit bien la division de  l'Europe. 

Voyez-vous je suis consterné car en 2014, on devait savoir ce qu'était Poutine

Il y avait eu la Tchétchénie en 1994, puis la Géorgie en 2008. Ce n'était pas si loin tout de même ! 

On savait que ce type n'est pas un poète, et on aurait dû savoir ce qu'il y avait dans le cerveau de ce monstre brutal.

D'ailleurs, on le savait sans doute. Mais voilà, la suffisance. Toujours la suffisance.

Aujourd'hui, le peuple ukrainien et son armée résistent avec un courage et une sophistication des armes employées sidérants.

Dans Les disparus de Mendelshon, en lisant cette phrase:

"Et puis elle a eu une pneumonie, et puis elle allait mieux et puis elle est morte", j'avais pensé à l'Ukraine.

L'Union européenne, après la défaite de "mon ami Orbán" - je cite Marine Le Pen- , va enfin pouvoir débloquer l'aide de 90 milliards que le dit ami empêchait. 

Il y a de l'espoir, le pire n'est pas certain. 





 



lundi 25 mai 2026

 



                                    Anne, ma soeur Anne,



Près de 15 jours en Toscane. Merveilleuse Toscane, hors du temps, hors de la presse. Enfin presque, juste les titres.

Un temps trop court pendant lequel l'art vous extrait du monde, pour vous conduire dans des lieux où tout est beau.

Sienne, Lucques, San Gimignano, Pienza...

Un émerveillement constant fait de ruelles étroites bordées de maisons des XIII ème ou XIV ème siècles ,  de places à la fois sobres et majestueuses, d'églises en marbre peuplées de tableaux extraordinaires et de tant d'autres merveilles.

Et puis, avant de rentrer par Beaune et ses Hospices, Florence, l'inestimable, hélas "surenvahie" de touristes. 

360.000 habitants. 4,6 millions de visiteurs l'an passé.

Des queues sans fin (150 mètres sur 3 rangs pour entrer dans le Duomo; la fin de la file n'y entrera pas, les portes auront fermé), des rues envahies, le Ponte Vecchio transformé en souk à bijoux kitsch et de mauvaise qualité.  Les Offices inabordables si l'on n'est pas le premier de la file dès potron-minet. 

Ce n'était pas pourtant la pleine saison.

Alors nous avons trouvé notre bonheur ailleurs, à la Cathédrale Santa Maria Novella et dans deux palais superbes - le Palazzo Pitti et le Palazzo Vecchio - moins glamours pour les selfies, sans touristes à propos desquels on rapporte que le directeur des Offices aurait dit qu'ils défilent devant les tableaux leur tournant le dos, occupés à se photographier, ne regardant rien et n'apprenant rien.


Nous voilà revenus.

Retailleau devient climatosceptique, pensant sans doute que cela l'aidera. Le pauvre homme. "Il a dans son maintien l'importance bureaucratique d'un homme secondaire" (Balzac: Une ténébreuse affaire)

Le procès de Nicolas Sarkozy a tourné au déballage sordide.

Mélenchon invente une vie de misère à ses parents qui se seraient nourris à la soupe populaire et auraient été enterrés dans une fosse commune. Son père était receveur des postes, il avait créé Radio Tanger.  Sa mère était institutrice.  Ils devaient avoir des moyens suffisants pour se nourrir, n'est-ce pas? Au surplus,  quand ils sont morts,  à supposer qu'ils fussent indigents, lui était sénateur, confortablement installé et rémunéré depuis des lustres. Si cela avait été nécessaire, j'espère qu'il aurait apporté son concours.

Travestir la vie de ses parents pour servir l' obsession maladive de sa triste personne ! 

Ce type est décidément infect.


Les autres sont toujours là.

Notre Donald planétaire s'est fait ridiculiser par XI, c'était couru.

Poutine ne cède pas. Pareil.

En Israel l'extreme droite mène le bal.

La crise dure au Moyen-Orient. Combien de temps personne ne le sait. À supposer qu'il y ait accord avec l'Iran il sera mal ficelé et provisoire. Les conséquences de cette guère se feront sentir encore longtemps, sans doute. 

J'avais écrit mes craintes le 9 mars dans "À quoi ça tient le malheur des Hommes"

 À vrai dire il ne fallait pas être grand clerc. J'aurais tant aimé avoir tort.

" Il existe une différence importante entre l'optimisme et l'espoir "  écrit Siri Hustvedt dans Ghost Stories à propos du cancer hélas fatal de son mari, le grand écrivain Paul Auster.

Suis-je optimiste ? Non

Ai-je encore de l'espoir ? Oui

Après tout, des hommes  et des femmes ont bien été capables de créer toutes ces villes de Toscane. D'autres sont encore capables de les entretenir, de restaurer les tableaux abimés par le temps, de faire pousser des vignes sur des collines magnifiques. Et des champs d'oliviers, et des allées de Cyprès, sentinelles d'une campagne indescriptible, en tout cas par moi qui ne suis ni Jean d'Ormesson, ni encore moins Stendhal.

Alors je me tourne vers la fenêtre: 

- "Anne, ma soeur Anne ne vois-tu rien venir?"

- Je vois des cavaliers au loin, dans un grand désordre,  au pied de leurs destriers. En rang mais agités.

D'un côté en chemise brune une femme et un homme jeune; ils ne se sourient pas.

De l'autre, casaque rouge sang, un homme âgé qui s'agite et vocifère.

Entre eux une armée de prétendants:

- un vendéen. Il est maigre et fait des sourires aux chemises brunes. 

- deux anciens chefs de gouvernement; ils auraient convenu que le moins bien placé se retirerait au profit de l'autre. 

- d'autres qui hésitent ou font semblant. Ils sont nombreux et portent des casaques vertes ,ou rose foncé ,ou rose pâle ou, on ne sait pas. Et un ancien président, rondelet et jovial, tapis derrière un bosquet son cheval harnaché, comme attendant les fautes.

Je vois mal d'ici, ils sont loin.  L'heure n'est pas au départ.


- Dis-moi, Soeur Anne, cela fait bien du monde!  Benoît XVI a écrit: "chaque homme est nécessaire."

On viendrait à en douter.


- Calme-toi mon frère, il est encore bien tôt. À l'heure qu'il est, les français ont la tête ailleurs; il y a de quoi.

Il fait chaud, prends soin de ton espoir et garde-le au frais.




mardi 5 mai 2026

 



                              Hommage à Jean-Bernard Pommier,



       Ne pas vous écrire sur cet immense musicien aurait été une offense à notre amitié.

Alors voilà. Je vais me limiter à vous communiquer mes préférences dans son impressionnante discographie. Et puis vous verrez.


Bach

Concertos 1, 4 et 5 Orchestre de Cologne,  Marty.

Inventions (L'enregistrement qu'il préférait, confidence à Philippe Cassard qui lui avait consacré un de ses "Portrait de famille" le 14 avril 2023 disponible en podcast). 

Toccatas Intégrale (impressionnante)


Debussy

Pour le piano

Children's corner

Estampes.


Beethoven 

Intégrale des sonates pour piano (diapason d'or)


Schumann

Quintette avec piano (avec le quatuor Bernède)

Novelettes (Un sommet)


Est arrivé un moment où Jean-Bernard, homme de fort caractère,  ne voulait plus enregistrer pour des "majors" qui sortaient les disques trois, quatre ou cinq ans après l'enregistrement.

" Ce que je joue aujourd'hui n'est pas ce que je jouerai demain. Entre temps j'aurai travaillé, lu, interprété et vieilli."

Alors, on l'a aidé.

Il a enregistré et édité dans la foulée:

Mozart

L'intégrale des sonate pour piano (magistrale ) 

Brahms:

Intégrale

-  des sonates pour piano et violon avec Jaime Laredo

- des sonates pour piano et violoncelle avec Leonard Rose ( le dernier enregistrement de cet immense violoncelliste dont les trios de Schubert avec Stern et Istomin sont un sommet.)


Et puis à la toute fin, alors que son agenda de concerts était affolant, il est venu à Madrid enregistrer : 

"Entre tes mains" la symphonie pour cordes composée par mon frère Emmanuel .


Alors qu'il venait de terminer l'interprétation de l'intégrale des 32 sonates de Beethoven Salle Gaveau, je lui avais dit:

"Viens on t'emmène dîner"

Lui:

"Je ne peux pas, je file à Roissy, demain décollage pour Bangkok.

Ne m'en veux pas, je suis crevé, j'ai joué ce soir avec 40° de fièvre."

Je peux vous dire qu'avec ces 40° de fièvre, c'était magnifique.

C'était Jean-Bernard


Allez écouter, aussi,  sur Youtube, le 3ème de Beethoven avec Karajan et le Philharmonique de Berlin. Il avait 29 ans. C'est prodigieux.

Le 25 avril dernier Philippe Cassard avait bouleversé son programme pour lui consacrer un ultime Portrait de famille dans lequel il évoque d'ailleurs ce 3ème concerto;

Disponible en podcast, c'est extraordinaire. (*)


C'était notre ami


(*) , pas seulement parce que lui aussi cite Godart.

lundi 4 mai 2026

 




                                            Retailleau m'a sauvé la mise.


Pour tout vous dire, j'étais un peu sec.

Je me disais: je ne vais tout de même  pas chaque lundi écrire sur Trump, Poutine, Xi, Netanyahu, Khamenei,  Mélenchon, Bardella, Sarkosy, Bolloré, et d'autres encore, enfin sur ces belles âmes, qu'à des titres divers, on ne souhaite pas montrer en exemple à ses petits-enfants.

Oh j'aurais pu vous écrire sur Jean-Bernard Pommier, mort le 23 avril, immense pianiste, grand chef d'orchestre, plus jeune lauréat à 17 ans du concours Tchaikowski. Un des rares sinon le seul pianiste français à avoir joué avec Karajan, Boulez, Schneider, Stern, Rose, Istomin, Barenboim et j'en passe. 

Mais je ne suis pas critique musical. 

Le reste relève de l'amitié depuis 1971. 

1971-2026, il faut bien qu'un jour cela s'arrête, hélas.

Alors oui, j'étais triste et sec.

Et puis voilà. Bruno Retailleau a parlé et m'a sauvé la mise.

Bruno Retailleau, c'est comme avait dit Godart, un "professionnel de la profession" . Il a fait sa carrière dans la politique et rien que dans la politique. 

Ce n'est pas un reproche. Il faut de l'expérience dans ce métier, si l'on veut le bien faire.

Quoique, de Gaulle et Pompidou n'en avaient guère. 

Il est vrai que le premier incarnait la France et que le second était ontologiquement un homme d'État.

Les temps ont changé, il faut redescendre sur le plancher des vaches ou, s'agissant de Bruno Retailleau passionné d'équitation, se coucher dans la paille des box.

Voilà donc, alors que j'étais en manque d'inspiration,  que ce sénateur de profession, un court moment ministre, vint à inventer un concept:

          "La mise au ban des nations" d'une nation amie.

Soyons précis, notre cavalier a dit: 

                  "La mise au ban des nations européennes".

Dans le bazar ambiant, j'attendais qu'enfin un homme se lève. Eh bien Bruno Retailleau s'est levé.

La cause de son ire ? 

L'Espagne, qui entend régulariser 500.000 travailleurs immigrés clandestins, essentiellement hispanophones et de culture hispanique et qui sont présents en Espagne depuis plusieurs années. C'est ce qu'assure son Premier ministre Pedró Sanchez.

A-t-il raison de régulariser autant ? Je ne sais pas. 

A-t-il des arrière-pensées ? Possiblement.

A-t-il des arguments qui motivent sa décision ? Oui: 

Ces gens travaillent dans des secteurs essentiels pour le pays: 

Le bâtiment et les travaux-publics (comme en France),  la restauration (comme en France), l'hôtellerie ( comme en France), la plupart depuis des années (comme en France).

 Quoi qu'il en soit, est-ce une raison pour vouloir "mettre au ban des nations européennes"  un pays:

`- qui a adhéré à l'Union il y a plus de quarante ans, 

 - qui a participé avec nous à la lutte contre le terrorisme,

- dans lequel vivent plus de 150.000 français,

- avec lequel nous avons des liens économiques essentiels et forts : la France est le 1er client, le 3ème fournisseur et le 3ème investisseur en Espagne. 

- vainqueur de la dictature franquiste.

- qui a le courage de s'opposer aux folies "trumpesques".

"Au ban des nations européennes" !  Au motif qu'il craint, notre "sénateur-candidat-à-la-présidentielle-de-2027", l'arrivée en France de tout ou partie des 500.000 régularisés.

Shengen, évidemment; il est vrai que c'est un sujet.

Mais tout de même! 

Mettre l'Espagne au ban des nations européennes !

 On atteint au génie chez cet homme-là.

 Sans doute n'a-t-il pas imaginé que vouloir mettre "au ban des nations européennes" un pays ami, c'est exposer la France à y être mise un jour elle aussi.


"On dit que les serpents deviennent aveugles, juste avant leur dernière mue.

Toni Morrison : Jazz







 




lundi 27 avril 2026

 



                                   Le problème c'est qu'en plus,                                                                         il n'est pas très intelligent.


Qu'il soit un tantinet déséquilibré voilà qui fait consensus.

Faire démolir la salle de bal de la Maison Blanche pour en rebâtir une autre à sa gloire, toute dorée bien évidemment, comme sa résidence dans la Trump Tower, et ses salons à Mar-a -Lago,

Faire édifier un Arc de Triomphe plus haut de 20 mètres que le nôtre, tout à sa gloire,

Se représenter en Christ (*) sauvant le monde sur son réseau social...,  - arrêtons là  je ne veux pas vous lasser- , témoigne à l'évidence d'un déséquilibre psychique sévère.

Quiconque manifesterait ne serait-ce que la moitié de ces symptômes serait à bon droit qualifié de fou.

Hors sa coterie, nous le savons tous, Trump est dingue. Non pas un doux dingue mais un dingue féroce.

Mais il se trouve aussi que cet adorateur de lui-même ne faisant rien à moitié, en plus d'être dingue, n'est pas très intelligent.

Oh ! pour faire du dollar, tricher sur la valeur de ses actifs afin d' obtenir des financements, profiter de son mandat pour s'enrichir et enrichir ses proches,  il est fort le bonhomme. Pas le plus fort contrairement à ce qu'il pense sans doute, mais reconnaissons le:

Question pognon, Donald c'est quelqu'un !

Passé cela, force est de constater qu'il est nul. 

Il est nul parce que les problèmes du monde sont à des niveaux de complexité qui le dépassent intellectuellement et culturellement. 

"Culture",  le distingué canard doit d'ailleurs se demander ce que "ture" vient faire là.

Entouré d'une coterie baveuse, aussi ignare que lui, il reçoit des conseils idiots et généralement les suit.

 Pendant un jour, une semaine parfois, mais rarement, davantage, avant de changer pour d'autres conseils d'autres ignares, qui veulent se rapprocher de la mare. 

Comme tous les sots prétentieux il ne croit qu'en lui et ne respecte que ceux qui se vautrent.

Il est tellement stupide que la Cour suprême, pourtant " à sa main", vient de casser ses droits de douane. Car il y a des textes tout de même, et il faut les lire. Puis quand on les a lus, se les faire expliquer par des conseillers exigeants et compétents si, ce qui est légitime, on n'a pas tout compris.

Mais Trump ne lit pas et je crois savoir pourquoi: il a peur que les gens s'aperçoivent qu'il ne comprend pas.

Vous savez, comme dans le conte d'Andersen: Le roi est nu!

Résumons: le chef de la première puissance économique, financière et militaire mondiale est à la fois dingue et d'une intelligence moyenne limitée à la multiplication des dollars à son profit.

 Or en face, qui ?

L'Europe ? On voudrait bien. Mais elle est malheureusement construite de telle sorte qu'on en reste à ce souhait. Voyez combien de temps il a fallu pour débloquer le prêt de 90 milliards à l'Ukraine. 

Et à quelle condition:

Qu'Orbán, lève son veto, vexé qu'il était par l'abandon dédaigneux de Poutine à la suite de sa défaite. Il ne voulait pas en outre laisser ce plaisir à celui qui l'avait vaincu. 

Imaginez une équipe de rugby dans laquelle chacun jouerait sa propre partie. 


Restent deux dictateurs XY et Poutine, violents et sans scrupules comme Trump. Mais la comparaison s'arrête là.

Eux sont compétents, bien plus féroces, travailleurs, intelligents et retords. Ils sont au surplus "très bien" entourés.

 Alors ils baladent le "président mèchu" , comme ils l'entendent. 

Souvenez-vous: huit jours pour imposer la paix en Ukraine.

 Août 2025. Poutine se rend en Alaska. Il y prononce un discours volontairement creux. Le monde était consterné.  Sauf Trump, ravi,  qui n'avait retenu que deux phrases, celles de la moqueuse flatterie. 

La paix en Ukraine attend encore.

La Chine, quant à elle, répond aux menaces de Trump par des actes et s'en sort plutôt bien. Aux droits de douane, elle répond par des droits de douane et des embargos sur les terres rares.

Ah zut ! 

Il n'y avait pas pensé Donald.

Comme il n'avait pas remarqué qu'à Ormuz il y a un détroit que l'Iran pouvait bloquer.

On a honte.


La suite ? Trois hypothèses:

- rien ne change, Trump reste en place jusqu'à la fin de son mandat. On imagine que cela va être sportif, chaque jour davantage.

- une procédure d' "impeachment" est lancée: Trump appelle à la révolte, c'est  dire à l'émeute, les mêmes qui avaient envahi le Capitole et qu'il a graciés.

- Imaginons que malgré tout, Trump soit empêché. Vance prend la place.

Un idéologue intégriste d'extrême droite succède à un fou.

Dans cette hypothèse, nous risquons de nous dire: Trump, finalement ...

Tristes perspectives. 


Quand j'avise son regard immobile, je ne peux m'empêcher de mettre au masculin cette phrase de John Fante dans "Demande à la poussière" . 

"Elle avait cet oeil fixe de vieille qu'on voit aussi sur les poulets".




(*) J'évacue le sujet de l'attentat de samedi qui ne l'a pas menacé. L'homme a tiré avant d'atteindre la salle de banquet dans laquelle Trump dînait. Cela ressemble à l'action d'un homme déséquilibré et désespéré qui voulait se faire prendre, ou se faire tuer.

Non, ce n'est pas un miracle. Trump, n'est ni l'élu de Dieu, ni son représentant sur terre.