lundi 22 décembre 2025

 



                                                Tant qu'il y aura,


- des Laurent Mauvignier pour écrire La maison vide (merveilleux, immense selon moi,  Goncourt 2025), 

- des Guillaume Poix pour écrire Perpétuité à propos duquel on aurait aimé qu'il fût lu par Nicolas Sarkozy avant son misérable Journal d'un prisonnier . Espérant qu'après, il eut la décence de se taire.  Quel naïf fais-je!

Tant qu'il y aura des Échenoz pour écrire Bristol,  même si ce n'est pas son sommet.

Tant qu'il y aura des librairies pour refuser d'installer Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers, Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon en tête de gondole.

La France pourra espérer que son redressement viendra dans le respect de la démocratie.


Tant qu'il y aura des cinéastes de la trempe de:

François Ozon: L'Étranger

Jérome Bonnell: La condition

Ou encore

Carine Tardieu: L'attachement 

La France  continuera d'éclairer le 7ème art.


Tant qu'il y aura en Iran des Jafar Panahi  pour réaliser, fut-ce clandestinement, Un simple accident,

À Taïwan pas encore envahi, un Shi-Ching Tsou pour mettre en scène  Left-hand Girl,

Tant qu'aux États-Unis on pourra faire des films du calibre d' Une bataille après l'autre de Paul-Samuel Anderson, publier James de Percival Everett ou L'inventaire de nos rêves"de Chimanda Ngozi Adichi

Alors on pourra espérer que la liberté, à la longue, après bien des luttes, finira pas triompher.


- Et puis, vous savez le passionné de musique que je suis, tant qu'on pourra continuer d'écouter, allez, au hasard mais pas complètement...:

     Les oeuvres de Camille Pépin, d'Emmanuel Hieaux , d'Antonio Santana,  

    Les musiciens extraordinaires que sont Alexandre Kantorow, Adam Laloum, Vanessa Wagner, Edgar Moreau, Daniil Trifonov, Evgeny Kissin,  Seong-Jin Cho, Hilary Hahn, Yannick Nézet-Séguin, les Quatuors Mosaïque ou Eben, 

Et tant et tant d'autres qui nous font pleurer ou rêver - mais les larmes ne sont-elles pas soeurs de nos rêves  ? - , 

Alors, nous pourrons espérer que l'art et la culture finissant par toucher les responsables qui ne le sont pas et les barbares qui le sont, le monde connaîtra enfin des jours meilleurs.


 Chers Amis Lecteurs, c'est tout ce que je nous souhaite.

Merci de vos lectures de plus en plus nombreuses et fidèles.

Passez de belles fêtes,

À l'année prochaine.



  




 


lundi 15 décembre 2025

 


                                                           Sur:

                          "Le journal d'un prisonnier"

                                      


    J'ai acheté "Le journal d'un prisonnier".

20, 90 € payés à Fayard donc à monsieur Bolloré; Croque-notes oblige. Me console le fait que mon merveilleux libraire aura sa part.

Vous savez que Nicolas Sarkozy ne figure pas dans mon Panthéon des chefs d'État français exemplaires. J'avais décidé pourtant de lire le  "Le journal d'un prisonnier",  avec objectivité et le cas échéant sympathie voir commisération, respectant ainsi ce que j'avais écrit le 29 septembre: "Je ne le plains pas monsieur Sarkozy, enfin si, car les malheurs des autres ne me réjouissent pas".

Le livre est troussé d'une plume alerte. Sarkozy écrit comme il est: court et rapide.

Il y a quelques pages dignes, essentiellement celles consacrées aux visites que lui rend l'aumônier de la Santé , à sa famille, ou à quelques fidélités politiques ne fussent-elles pas toujours partisanes. 

Il en est d'autres en revanche qui ne le sont pas, sur les soutiens répétés de Pascal Praud, de Laurence Ferrari, de Philippe de Villiers par exemple.  

Rien que de très normal, au fond, de la part de collègues employés comme lui dans l'écurie de Vincent Bolloré.


Dans ce livre, il y a un présupposé que l'on peut résumer ainsi: 

 "Je suis innocent. Je n'ai rien fait, mais les juges sont de gauche et me haïssent."

 Quoi que l'on en pense, on ne peut pas lui reprocher de proclamer son innocence, c'était son système de défense; il le demeurera en appel, sans doute. 

On ne peut en revanche qu'être outré et inquiet par l'appréciation qu'il porte sur les juges à propos desquels il écrit: 

"Il existe en France dans nombre de milieux une minorité d'autant plus agissante qu'elle est peu nombreuse, qui poursuit un combat idéologique contre les politiques, contre la droite et contre moi qui en suis le symbole."  Nicolas Sarkozy est modeste, nous le savions.

C'est exactement le discours que Trump a tenu et continue de tenir. C'est exactement ce qu'en vertu de quoi, Trump a amnistié les envahisseurs du Capitole. C'est exactement ce qui annonce la fin possible de notre modèle démocratique. 

J'ai écrit le 29 septembre, puis le 6 octobre, ce que je pensais du jugement et de l'exécution provisoire. Je n'y reviens pas car je n'ai pas trouvé dans ce livre l'once d'un élément nouveau par rapport aux 380 pages du jugement que j'avais lues.

Rien de nouveau sauf quelques mensonges.

 Dont le plus gros est l'affirmation que la note dite Moussa Koussa,  qui faisait état d'un projet de versement de la Libye au profit de la campagne de Nicolas Sarkozy , est un faux reconnu par la justice.

Le problème, est que c'est exactement le contraire: 

Après expertises la Cour d'appel a validé le prétendu faux et sa décision a été consacrée par la Cour de Cassation.

Comment voulez-vous qu'après, on lise la suite de ce "journal"  sans se dire: 

"Est-ce que, par hasard, monsieur Sarkozy mentirait ?"

Plus j'avançais dans la lectureplus j'éprouvais un sentiment un malaise. À la fin mon malaise s'était transformé en état nauséeux. 

Tenez: 

- Voilà un homme qui a été , faisons court, maire de Neuilly à 28 ans, président de Conseil général des Hauts de Seine, chef de parti et non des moindres, ministre du budget - ayant en partie la main sur le budget de la justice donc des prisons-  ministre de l'intérieur et président de la République. 

Et cet homme découvre à 70 ans, après plus de 40 ans de vie politique qu'être incarcéré dans une prison, c'est dur, "qu'aucun espace n'exprimait le plus petit espoir ou la moindre humanité",  que le lieu de promenade "ressemblait à une cage." que l'ordinaire était constitué "de petites barquettes en plastic qui sentaient fort et soulevaient le coeur".

On est halluciné de lire que cet homme, qui pendant des années a demandé qu'on emprisonne sans délai, fut-ce avant jugement, les voleur de bicyclettes, ne savait pas ce qu'est une prison. 

S'il en avait visité, n'en serait-ce qu'une, il aurait su. 

Au surplus, il semble n'avoir jamais été informé de l'état des prisons en France.

Au fond, c'est bien le drame de cet homme. 

Nicolas Sarkozy n'était pas informé. C'est un responsable politique au plus haut niveau, auquel on n'a jamais rien dit. 

Il en est des prisons comme des visites rendues en Libye à monsieur Senoussi par ses deux plus proches collaborateurs: on ne lui a rien dit.

Orgon serait de ce monde,  on entendrait "Le pauvre homme" '


- Plaint-il ceux qui sont 4 ou 5 par cellule ?  

Juste d'un mot. "J'imaginais les autres détenus s'entassant parfois à trois ou quatre dans le même espace"  (11 m2). Où plus loin, à propos d'un incident survenu une nuit "L'étonnant à mes yeux n'était pas que l'affrontement ait eu lieu mais qu'il n'y en ait pas eu bien davantage dans une prison où le taux d'occupation était de 191%" 

Car enfin, il avait une cellule pour lui, le pauvre homme, il bénéficiait de l'attention particulière et déférente des gardiens qu'il prend soin de remercier.  Le directeur de la prison venait le voir régulièrement pour s'enquérir de son état et du soin que l'on prenait de lui. Il voyait sa famille tous les deux jours, et avait même reçu la visite du Garde des Sceaux. Il  disposait aussi, ô combien,  des moyens de "cantiner". 

Je ne dis pas que ce fut drôle, ce qu'il a vécu monsieur Sarkozy, mais enfin, un peu de décence n'aurait pas nuit. 

 Soyez rassuré, toutefois. Au milieu de son martyr,  Nicolas Sarkozy a écrit quelques lignes pour soumettre à l'attention de ses lecteurs et du peuple français, l'idée originale et généreuse qu'il faudrait tout de même faire quelque chose pour améliorer la vie carcérale en France .

Et là, pardonnez-moi, m'est revenue cette réplique d'Audiard dans la bouche de Bernard Blier: " J'ai déjà vu des faux-culs, mais vous êtes une synthèse!"

- Rend-il hommage à ceux qui, depuis des dizaines d'années, l'ont servi et ont, comme lui, à cause de lui "peut-être", été condamnés ? 

Eh bien non.

 Hortefeux qu'il appelait son frère, et Guéant ? "Deux collaborateurs"; deux lignes, même pas.

Herzog, avocat de toujours, ami de toujours, bouclier de toujours, interdit d'exercer à cause de son aveugle dévouement : un paragraphe sur le thème: "Je n'aurais pas dû le choisir, il n'avait pas les moyens".  Fin de l'hommage.

- A-t-il un mot pour les parties civiles, parentes des victimes de l'attentat du DC10 ? Oui, pour dire qu'elles sont ingrates. Pensez-donc, il les avait reçues.


Mais il faut lui pardonner à Nicolas Sarkozy. Je vous en supplie, pardonnez-lui.  Car voyez-vous, ce qu'il a vécu rencontre l'HISTOIRE, la belle, la grande, celle qu'on écrit en lettres capitales.

 "L'affaire Dreyfus prospéra sur la base de faux documents. La mienne  débuta sur la base du faux document publié par Mediapart  (voir plus haut) doublé de faux témoignages..... Dreyfus fut emprisonné à la prison de la Santé... Certes je n'ai pas été envoyé sur l'Ile du Diable" .


Puis, se référant aux Évangiles (Matthieu 5,  1-12) il cite la 4ème Béatitude 

"Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux."

Saint-Nicolas Sarkozy, priez pour nous.

Il y a la queue lors des séances de dédicaces du "Journal d'un prisonnier"  qui est en tête des ventes. 

"La crédulité de l'opinion est sans borne quand il s'agit de la vie des grands." 

Maël Renouard: "L'Historiographe du Royaume".

Même si ce grand là, on l'a lu, est minuscule.







lundi 8 décembre 2025

 


                             La fin d'un honnête homme.



Olivier Marleix a été pendant 13 ans député Les Républicains de la deuxième circonscription d'Eure et Loir, celle de Dreux, la ville où je suis né, où j'ai grandi, où j'ai accompli une part décisive de ma vie d'homme: familiale, professionnelle et publique.

Le 7 juillet dernier, Olivier Marleix a mis fin à sa vie. 

Quelques jours auparavant, il avait adressé à son éditeur, Robert Laffont,  le manuscrit d'un livre à l'écriture vive et au titre fort: "Dissolution française".

Quand il a été élu député en 2012, cela faisait près de 20 ans que ma vie professionnelle m'avait conduit ailleurs; je ne le connaissais pas. Beaucoup de mes proches en revanche oui, qui tous l'estimaient voir l'aimaient, eussent-ils parfois des opinions différentes.

Olivier Marleix avait la triple qualité d'être un passionné de la France, d'ériger la fidélité et l'éthique politique en vertus et d'aimer les gens.

Passionné de la France - ses références au Noeud gordien  de Georges Pompidou sont frappantes- , il avait été révolté par la cession à des multinationales étrangères sous François Hollande de deux fleurons stratégiques de notre outil industriel: la branche énergie d'Alstom à General Electric, et Alcatel à Nokia.

Les dossiers avaient été pilotés par Emmanuel Macron secrétaire-général adjoint de la présidence de la République puis validé par le même Macron, ministre de l'économie puis président. Plus tard, la France serait contrainte de racheter moins agréablement, l'essentiel de ce qu'elle avait vendu.

Dans les deux cas il s'agissait de la souveraineté nationale. Il avait raison.

De même, bien qu'européen convaincu , il était consterné par la passivité de la France face à la place grandissante qu'avait prise Bruxelles et sa "Direction de la concurrence" qui, mettant à répétition son veto à des opérations  de rapprochement intra-européennes, laissait ainsi le champ libre à la concurrence, chinoise notamment.

De même avait-il été révolté par la décision de la France sous François Hollande, une fois encore, de réduire le parc nucléaire  pour des motifs d'alliance électorale, décision sur laquelle 10 ans plus tard, "à la faveur" de la crise énergétique et géopolitique,  nous étions contraints de revenir avec des coûts de remise en ordre et d'entretien délirants.

Pour lui rien n'importait davantage que la souveraineté nationale qui, à rebours des extrêmes qu'il détestait, n'était pas le repli. 

Il raconte de façon passionnante son expérience de président de son groupe parlementaire, ses négociations avec Elisabeth Borne qu'il estimait , et avec d'autres qu'il estimait moins.

Il faut savoir comment cela se passe, à la cuisine. Il l'a fort bien écrit.


Fidèle,

Marleix ne trahissait pas ceux qu'il avait servis. Sa fidélité allait jusqu'à l'aveugle pardon. L'aurais-je connu, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres , je ne suis pas militant LR, aurions nous débattu sans aucun doute. J'en aurais été heureux.

Mais voyez-vous, au hasard:  entre un Balladur qui, au motif de son ambition, tourne le dos à Chirac qui pourtant l'avait placé là, entre un Macron qui, ministre de Hollande -pour lequel je n'ai pas grande admiration pourtant- , élevé par lui, crée dans son dos une machine destinée à le tuer, lui mentant comme un enfant de 10 ans n'oserait pas le faire, eh bien voyez-vous, entre ces deux-là et Olivier Marleix, j'ai choisi. Cela ne m'a pas pris de temps.


Marleix aimait les gens:

Son analyse, je la partage, est que la grave crise politique, sociale et sociétale que nous vivons trouve pour une bonne part sa source dans l'ignorance totale, je dirais crasse, qu'Emmanuel Macron et son cercle ont de la vie des gens. 

Cette ignorance a présidé à sa politique, sa politique à son rejet et son rejet à l'arrivée hélas prochainement fort possible de l'extrême droite.

Lui allait dans les quartiers, dans les campagnes, il recevait les gens et allait les voir, chez eux.

Il raconte notamment ceci:

Pendant la campagne réussie pour sa réélection, il visite un village du Perche et fait du porte-à-porte.

Il sonne à une maison. Un monsieur lui ouvre, ils discutent et le monsieur lui dit:

"Je me lève à 6 heures chaque matin pour aller travailler, et avec mon salaire je n'y arrive pas. Mon voisin est au chômage, il a une plus belle voiture que la mienne. Ça ne peut pas continuer, je voterai RN."

Après avoir tenté d'expliquer à ce monsieur respectable que le RN qu'il détestait  n'est certainement pas la solution à son malheur, Olivier Marleix est allé sonner chez le voisin qui lui dit:

" Je suis au chômage, on ne m'aide pas, je voterai RN" 

Et Olivier Marleix de conclure en substance, "voilà où nous en sommes arrivés !"


Dans Le mythe de Sisyphe" Camus a écrit:

"Un geste comme le suicide se prépare dans le silence du coeur, au même titre qu'une grande oeuvre".

Et il poursuivait:

" Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide"


Je ne sais pas, évidemment,  ce qu'il y avait dans le silence du coeur d'Olivier Marleix.  

À le lire j'ai ressenti  toutefois le désespoir. Celui d'un homme engagé, effondré par ce qu'on avait fait du pays auquel il avait voué sa vie.

Ce que je sais, en revanche c'est que la France a perdu un honnête homme.

Ils ne sont pas si nombreux; j'en suis bien triste.

Chers amis Lecteurs, lisez Dissolution française.  







lundi 1 décembre 2025

 


                                     L'Ours et le Paon

 

 

Un Ours en sa tanière avisait un terrier.

Un autre, avant lui, l'avait laissé filer.

Ce logis était mince, y vivaient des lapins,

Heureux, et gambadant. Les carottes poussaient,

La terre étant fertile, on y trouvait du blé.

Leurs voisins alentour étaient tous des alliés.

 

Point n’était tant besoin, car les lapins sont sages.

Ils font leur besogne et ne veulent point la guerre.

Mais l’Ours était méchant, envieux et criminel,

Menteur, froid comme une lame, martyrisant ses pages,

Il voulait ce terrier, et avec lui la terre,

Et son blé, ses carottes, ses ruches et puis son miel. 

 

« Que peuvent ces animaux si petits et peureux ?

En quelque jours j’aurai avec l'aide des dieux ,

De mes vils mercenaires et de mes braves bandits,

Massacré ces lapins, récupéré les lieux. »

 

Les voisins terrifiés, ne surent trop comment faire,

Se dirent consternés par une telle invasion.

Ils se parlaient beaucoup, envoyaient quelques vivres,

L’Ours n’avait pas peur, car parler n’est que givre.

"Ce qu’il faut, disait-il, c’est être militaire".

 

Les lapins le surprirent. Se battant comme des lions,

Courant, tendant des pièges, dressant haut leur fanion,

Trouvant mille et mille ruses et autres entourloupes.

Étourdissant les troupes,

Ils trompaient le barbare et ses brigands armés. 

La guerre allait durer .

 

Un Paon de vielle souche, ventru, et fatigué,

Le visage rougi par les lampes à bronzer,

Qui avec des briques s’était fort enrichi, souvent de façon louche,

Rendit visite à l’Ours, plastronnant comme d’usage.

Il attendait de tous qu'ils lui baisent les babouches.


« Regarde qui je suis, avise mon plumage !

Que font tes lourds soldats dans la course aux lapins!

Il suffit que je vienne et convoque leur chef, 

Le tance et menace de le priver de pain.

Dis-moi ce que tu veux, expose tes griefs.

Les lapins, peu m’importe.

Je sais faire mon ami, avec la manière forte.

Mais comme toute peine mérite récompense,

Sur les terres des lapins je veux remplir ma panse. »

 

L’autre se dit « Quel sot ! Il suffit de sourire,

De dire que je l’admire.

Ce que je lui donnerai, n’est rien bien au contraire,

Ses profits misérables enrichiront ma terre. »

 

« Très bien, lui dit notre Ours, tu es un bel oiseau,

Le plus beau, le plus fort, le plus intelligent ! »

« Le plus riche aussi !» lui dit cet imbécile,

« Certainement lui dit l’autre », bien plus riche que lui,

Des sommes détournées depuis plus de trente ans,

Sur le dos de son peuple pillé par des serviles,

Qu’il tenait dans sa patte, comme on sert un moineau.

 

« Mais je veux quelques terres, car j’ai eu de la peine.

Aperçois-tu là-bas ce qui est dans la brume?

Ces bois que tu vois là se nomme une garenne ;

Si tu me la procures, je signe de ma plume,

Une paix fort durable et te récompenserai

De quelques belles affaires pour le prix de cette paix. »

  

Ainsi fit notre oiseau aussi bête que riche,

Promettant aux plus faibles sa forte protection.

"L'Ours leur dit-il, me craint fort dans l'action."

Puis quelques temps plus tard,  renversant son propos,

Menaça leur chef et puis le priva d'eau.

Les lapins assoiffés , sans pain et sans carotte,

S’assirent à la table. Leur chef n’en pouvait mais.

Il savait bien pourtant que comme fragile potiche,

La paix durerait peu; le temps que dure un vote.

 

Le Paon tout à son aise, plastronnant au plus haut,

S’en retourna chez lui où sa cour l’attendait.

Quelques semaines plus tard, alors qu’il faisait chaud,

L’Ours voulut davantage. Et ainsi chaque été.

 

La Paon devenu vieux, ayant fait son profit,

Se disait « après tout, l’Ours est un bon compère.

Il m’a fait quelque place, j’ai fait de belles affaires.

Une parole n’est rien, sauf si elle m’enrichit. »

 

Le temps avait passé, 

L'Ours était très puissant.

Le Paon méprisé n'avait que son argent.

C'est un âge pourtant où cela ne compte guère,

Que voulez-vous qu'on fasse lorsqu'on est grabataire.


Incontinent, gouteux, inventant des caprices,

Une casquette orange sur ses cheveux jaunis,

Il était fort miteux caché sous une pelisse.

S'appuyant sur une canne à pommeau d'ambre,

Le vieux paon piétinait, tenu jusqu'à sa chambre

Par une mexicaine, qui le mettrait lit.

Le regard haineux, sans femmes et sans amis,

Il attendait la mort, l’appelant avec rage.

Elle le faisait attendre, pour qu’il souffre davantage.

 

Quand on trahit les siens, 

Qu'on n'aime que soit-même,

Qu'on ne célèbre qu'un culte, celui du billet vert,

Les dieux, mauvais chrétiens,

Se rient de vos misères,

Et vous laissent souffrir plus longtemps que carême.


 

 (*) Fort libre adaptation de Le Paon et le Choucas , fable d'Ésope