lundi 16 février 2026

 


                                                                 Nominations ?  

                            Vous avez dit : "ces nominations, 

                                   Comme c'est bizarre !"

                                      "J'ai dit bizarre ?" 

       Non, vous avez dit : "ces nominations sont bizarres".

                                 "Comme c'est bizarre!"(*)



           Lorsqu'en novembre 2015  François Hollande avait nommé   François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la Banque  de France, j'avais trouvé cela baroque et à vrai dire imprudent.

Le numéro 2 de BNP Paribas, la plus grande banque de la zone euro,  devenait en même temps qu'il était Gouverneur, le président de l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution dont une des missions, la principale à vrai dire, est d'exercer son contrôle sur les banques, dont la BNP Paribas bien entendu.

On risquait le conflit d'intérêt. 

La personnalité éminente tant au plan professionnel qu'éthique de monsieur Villeroy de Galhau a permis que ce risque ne se matérialisât pas. BNP Paribas fut sanctionnée comme les autres, les rares fois où cela fut nécessaire, en 2017 notamment. Le gouverneur avait pris soin de ne pas siéger.


Deux ans auparavant, le même François Hollande avait fait nommer Jack Lang à la présidence de l'Institut du Monde Arabe. On savait déjà que l'homme était discutable. Son train de vie étonnamment élevé, ses pratiques seigneuriales intriguaient, pour le moins . 

"On savait", sauf François Hollande manifestement.

Sitôt en place l'homme se fit attribuer par le conseil d'administration une coquette rémunération , voyagea beaucoup, fit nommer un traiteur à demeure, déjeuna et dîna sans payer dans des restaurants huppés, au point que certains ne l'acceptaient plus. La patron de Chez Edgar cité par le Monde confia à un ancien ministre du gouvernement Jospin " Les Lang, chez moi, plus jamais. Ils me doivent dix ans de déjeuners".

À Cannes on rapporte qu'il dépensait 3 à 4 fois plus que les autres invités et ne payait rien. "Tout le monde savait qu'il ne payait rien à Cannes"  témoigne l'ancienne ministre de la culture, Rima Abdul-Malak.

Et pourtant, François Hollande le fera reconduire pour un deuxième mandat. 

Puis ce fut au tour d'Emmanuel Macron, pour deux mandats supplémentaires, dont le dernier en 2023, alors qu'il avait 84 ans, les cheveux teints et ressemblait à une momie desséchée. 

Tout le monde savait, sauf Emmanuel Macron manifestement.

On apprend maintenant que cet homme indélicat a fait des indélicatesses dans des paradis fiscaux, avec un homme "infréquentable". 

Quelle surprise !

En 2025, Emmanuel Macron nomma la présidence du Conseil Constitutionnel Richard Ferrand qui venait d'échapper à une condamnation pour prise illégale d'intérêt au motif que, et uniquement que, l'affaire était prescrite.

Devant le parlement monsieur Ferrand fut confirmé par 38 voix pour et 58 voix contre, vous lisez bien. 58 voix n'étaient pas les 3/5èmes requis par la constitution pour invalider cette nomination; il en eut fallu 59.

Quelle magnifique légitimité !

Nous voilà maintenant devant la nomination de madame Amélie de Montchalin à la présidence de la Cour des Comptes. 

À cette éminente fonction, elle aura à juger la politique budgétaire largement élaborée par la dite Amélie de Montchalin. On me dira que les décisions de la Cour sont collégiales et que ses magistrats ne sont pas des veaux. 

Je le sais bien mais peu m'importe; cela ne se fait pas. 

Dans quelque juridiction que ce soit jusqu'à la plus modeste, un juge ne peut pas siéger si l'affaire qui vient devant son tribunal le concerne, fut-ce indirectement. 

Madame de Montchalin aurait dû décliner. Qu'elle ne l'ait pas fait est une faute.

Qu'elle soit compétente, n'est pas le sujet.

Le sujet, le problème, - appelez cela comme vous voudrez, certains diront le scandale- ,  soulevé par ces nominations c'est l'entre-soi, le mépris des bonnes pratiques et, somme toute, l'utilisation abusive des positions acquises ou confiées par le peuple souverain.

 Le sujet,  c'est que les français vont se dire, que ce que fait le président de la République est très mal et qu'au fond il s'en moque. 

"Quand on lui parlait (de sa femme), il avait des larmes mais superficielles, comme la transpiration d'un homme trop gros."

 Marcel Proust:  Sodome et Gomorrhe 

Peut-être Proust aurait-il écrit la même chose à propos d'Emmanuel Macron auquel on aurait parlé des soucis des français.


(*) Inspiré par le dialogue extraordinaire entre Louis Jouvet et Michel Simon dans Drôle de drame

Film de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert


lundi 9 février 2026

 



                                                                Faites gaffe !


Après avoir lu "Travailler en direction du Führer"  il y a quinze jours, un ami m'a envoyé une interview parue dans Le Grand Continent, d'Elisabeth Roudinesco, historienne spécialiste de la psychanalyse. 

La question qui lui était posée après que Trump s'était fait remettre la médaille de prix Nobel de la paix par celle qui avait été récompensée était la suivante: est-il fou ? 

À quoi Madame Roudinesco répondit: 

" cette scène  shakespearienne est en effet l'expression d'un délire, ce qui ne signifie pas pour autant que le président américain est cliniquement psychotique, c'est à dire fou".

Ajoutant plus loin "l'écrasante puissance des États-Unis est mise au service du narcissisme d'un seul homme."

Et de poser la question essentielle de savoir comment peut-on en arriver là ?

Eh bien la réponse est dans le livre de Philippe Corbé, " Armes de distraction massive" tout juste édité chez Grasset.

Philippe Corbé est journaliste. Il a longtemps travaillé aux USA pour RTL. Il est depuis janvier directeur de l'information de France Télévision. Il a suivi les campagnes de Trump. 

Corbé, loin de considérer Trump comme un clown irresponsable, décrit à travers des faits qu'il raconte avec talent, le système mis en place que l'on pourrait résumer ainsi. Je cite:

"Le vrai pouvoir appartient à celui qui écrit le récit"

"Dans ce monde articulé par les algorithmes, le vrai avance à pas lents, le faux galope".

Trump aime ce qui galope.

 Il ment volontairement, crée l'outrance volontairement, injurie volontairement, bride la presse d'opposition volontairement, se moque des faits et ne s'excuse jamais.

Convaincu que les gens n'ont plus de mémoire après 15 jours, il relance la machine toutes les deux semaines.

Un sujet chasse l'autre, peut importe lequel, une injure remplace la précédente. Il emplit la sphère et distrait. 

Trump a besoin d'ennemis, ils sont ses cibles; sans eux il ne s'accomplit pas.

Lors des obsèques de Charlie Kirk, alors que sa veuve dit pardonner à son assassin, lui, à la tribune répond: "c'est là que je n'étais pas d'accord avec Charlie. Moi, je hais mes adversaires."

Parmi eux, Obama, Biden, les immigrés, le président de la FED bien entendu, mais aussi la presse qui ne se couche pas. Interdite de Maison Blanche et menacée de procès.

Il est entouré de personnages dont la mission essentielle est de valoriser son image à l'instar de Pete Hegseth le secrétaire à la Défense que Trump a rebaptisé secrétaire à la Guerre, lui qui pourtant en a si peur. La description que Philipe Corbé fait de leur rencontre pendant la première campagne de Trump est hallucinante et fait froid dans le dos. Un fanatique bodybuildé , misogyne et  alcoolisé,  dont le mérite principal est d'avoir été un chroniqueur d'extrême droite polémiste remarqué. Il est à la tête du Pentagone.

Rappelez-vous, sous le Führer le gouvernement n'était pas réuni.  Trump lui, réunit le cabinet mais devant les caméras de télévision. Il fait son show, monologue,  parlant de tout, de rien de l'encadrement des tableaux qu'il veut dorés - on acquiesce- de l'Iran qu'il menace - on acquiesce- , du président de la Fed qu'il menace, - on acquiesce-. 

Les gens regardent; il les distrait.

Ah j'oubliais. 

Mains jointes et aux fermés, on a commencé par remercier Dieu d'avoir donné à l'Amérique son plus grand président. Puis on le remercie ce président "de nous avoir oints pour accomplir notre mission". 

 "Une bonne cause avait-elle déjà été si mal représentée ?"  Arthur Koestler Le zéro et l'infini.

Allons, direz-vous, tout cela n'est pas sérieux ! Eh bien si.

Car pendant que Donald "dissout la politique dans la distraction", en-dessous on travaille.

On développe une doctrine suprémaciste, un affaissement des principes démocratiques, et l'on crée la perspective d'une irréversibilité. 

Corbé raconte comment avant l'élection ces travailleurs de l'ombre ont rédigé la salve des 104 décrets, que Trump a signés pendant les 60 premiers jours de son mandat. 

Tout était prêt. On ne joue plus ! Fini l'amateurisme de janvier 2017.

À la manoeuvre, entre autres:

-  Heritage Foundation think tank ultra conservateur.

-  Steve Bannon, l'abominable,  qui avait déclaré: "Les démocrates n'ont pas d'importance. La véritable opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer c'est d'inonder la zone de merde" (sic) Le même qui appelle l'ICE  à intimider les électeurs.

 - Stephen Miller, le directeur adjoint du cabinet de Trump le plus fanatique de tous peut-être. 

On prépare la suite, donc,  avec Vance. À moins que Trump, décide à 82 ans de faire un troisième mandat au mépris de la constitution; il en serait bien capable, car dans la hiérarchie des lois il y a d'abord la sienne.

Philippe Corbé dit dans une interview à Télérama "Faites gaffe".

Quand j'observe Charles Alloncle,  le jeune "ciottiste" allié au Rassemblement National, sorte de Saint-Just en costume-cravate, censément rapporteur de la "Commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public", en fait son procureur, je me dis:

Si ces gens arrivent au pouvoir ils feront bien probablement ce que Viktor Orbán a fait en Hongrie: assécher les ressources des médias opposés, puis les faire racheter à vil prix par des proches, qui ensuite, feront dire et écrire  "ce qui convient". 

Et des proches aux poches profondes, ils en ont.

C'est comme ça que cela commence.


Oui, faisons gaffe !

 


lundi 2 février 2026

 



                                        La guillotine et le garrot


Ainsi donc après trois mois de discussions et de débats,  la France va avoir un budget.

Sera-ce un bon budget ? Non.

Le Premier ministre pouvait-il obtenir mieux ? Pas davantage.

La droite lui avait tourné le dos.

Le parti socialiste, pour sa part, lui avait donné à choisir entre la guillotine et le garrot.

La guillotine c'était la censure, la dissolution, et le Rassemblement National au pouvoir.

Son devoir était de choisir le garrot.  C'est ce qu'il a fait.

Soit un interminable marchandage.

Le PS a serré progressivement le cou du gouvernement jusqu'à obtenir à peu près ce qu'il voulait, c'est à dire, avant tout, une absence de réforme. 

Absence coûteuse qu'il fallait bien financer, le Premier ministre demeurant intransigeant sur le niveau maximum de déficit à 5% du PIB.

Alors, ce financement,  ce seront pour l'essentiel les entreprises qui l'assureront:

-  par le prolongement de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE); elle devait baisser, 

- par la reconduction, légèrement modifiée, de la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises; elle devait disparaître. 

On met donc à contribution les entreprises qui pourtant, sont pénalisées par  les taxes douanières de Trump et l'agressivité commerciale croissante de la Chine. 

Alors même que le chômage repart à la hausse. On est sans voix.

J'en devine cependant qui se frottent les mains.


Un 49-3 donc, pour terminer cette séquence inédite, qui permet au parti "garotteur" de se borner à ne pas voter la censure. Quel admirable courage! 


Certains, parmi vous, vont me trouver sévère. C'est vrai, je le suis, parce qu'à la vérité,  je suis en colère.

- L'éducation nationale est à la peine.

- La sécurité n'est pas correctement assurée, notamment au service des plus faibles.

- Le système de santé est en grande tension. 

- L'équité devant la maladie tend à devenir un concept. Le professeur Delfraissy  président du Comité consultatif national d'éthique déclarait dans une interview au Monde daté du 22 janvier dernier: 

"Si vous regardez l'espérance de vie le long du RER B entre le sud et le nord de Paris, il y a une différence de 7,8 ans entre la ville de Sceaux (Hauts de Seine) et certaines communes de Seine-Saint-Denis.

Oui, vous lisez bien, 7,8 ans ! 


La vérité est que la France n'est pas gérée, qu'elle est bloquée et qu'on a pas le courage politique de la réformer.

 Si la solution résidait dans "davantage d'impôts", nous serions le pays le plus prospère, le mieux éduqué, et le plus heureux de la planète.  


- Mais, me direz-vous, dans la configuration politique actuelle, qu'attendiez-vous ?"

- Un peu de sens du devoir. 


En 2027, les mêmes pleureront l'arrivée au pouvoir des couleurs brunes.


" J'ai appris à ne pas juger. Je tente seulement de comprendre. La vie est un mystère."

Philippe Labro: La traversée.

J'ai tenté de comprendre. Je n'y arrive pas.