lundi 9 février 2026

 



                                                                Faites gaffe !


Après avoir lu "Travailler en direction du Führer"  il y a quinze jours, un ami m'a envoyé une interview parue dans Le Grand Continent, d'Elisabeth Roudinesco, historienne spécialiste de la psychanalyse. 

La question qui lui était posée après que Trump s'était fait remettre la médaille de prix Nobel de la paix par celle qui avait été récompensée était la suivante: est-il fou ? 

À quoi Madame Roudinesco répondit: 

" cette scène  shakespearienne est en effet l'expression d'un délire, ce qui ne signifie pas pour autant que le président américain est cliniquement psychotique, c'est à dire fou".

Ajoutant plus loin "l'écrasante puissance des États-Unis est mise au service du narcissisme d'un seul homme."

Et de poser la question essentielle de savoir comment peut-on en arriver là ?

Eh bien la réponse est dans le livre de Philippe Corbé, " Armes de distraction massive" tout juste édité chez Grasset.

Philippe Corbé est journaliste. Il a longtemps travaillé aux USA pour RTL. Il est depuis janvier directeur de l'information de France Télévision. Il a suivi les campagnes de Trump. 

Corbé, loin de considérer Trump comme un clown irresponsable, décrit à travers des faits qu'il raconte avec talent, le système mis en place que l'on pourrait résumer ainsi. Je cite:

"Le vrai pouvoir appartient à celui qui écrit le récit"

"Dans ce monde articulé par les algorithmes, le vrai avance à pas lents, le faux galope".

Trump aime ce qui galope.

 Il ment volontairement, crée l'outrance volontairement, injurie volontairement, bride la presse d'opposition volontairement, se moque des faits et ne s'excuse jamais.

Convaincu que les gens n'ont plus de mémoire après 15 jours, il relance la machine toutes les deux semaines.

Un sujet chasse l'autre, peut importe lequel, une injure remplace la précédente. Il emplit la sphère et distrait. 

Trump a besoin d'ennemis, ils sont ses cibles; sans eux il ne s'accomplit pas.

Lors des obsèques de Charlie Kirk, alors que sa veuve dit pardonner à son assassin, lui, à la tribune répond: "c'est là que je n'étais pas d'accord avec Charlie. Moi, je hais mes adversaires."

Parmi eux, Obama, Biden, les immigrés, le président de la FED bien entendu, mais aussi la presse qui ne se couche pas. Interdite de Maison Blanche et menacée de procès.

Il est entouré de personnages dont la mission essentielle est de valoriser son image à l'instar de Pete Hegseth le secrétaire à la Défense que Trump a rebaptisé secrétaire à la Guerre, lui qui pourtant en a si peur. La description que Philipe Corbé fait de leur rencontre pendant la première campagne de Trump est hallucinante et fait froid dans le dos. Un fanatique bodybuildé , misogyne et  alcoolisé,  dont le mérite principal est d'avoir été un chroniqueur d'extrême droite polémiste remarqué. Il est à la tête du Pentagone.

Rappelez-vous, sous le Führer le gouvernement n'était pas réuni.  Trump lui, réunit le cabinet mais devant les caméras de télévision. Il fait son show, monologue,  parlant de tout, de rien de l'encadrement des tableaux qu'il veut dorés - on acquiesce- de l'Iran qu'il menace - on acquiesce- , du président de la Fed qu'il menace, - on acquiesce-. 

Les gens regardent; il les distrait.

Ah j'oubliais. 

Mains jointes et aux fermés, on a commencé par remercier Dieu d'avoir donné à l'Amérique son plus grand président. Puis on le remercie ce président "de nous avoir oints pour accomplir notre mission". 

 "Une bonne cause avait-elle déjà été si mal représentée ?"  Arthur Koestler Le zéro et l'infini.

Allons, direz-vous, tout cela n'est pas sérieux ! Eh bien si.

Car pendant que Donald "dissout la politique dans la distraction", en-dessous on travaille.

On développe une doctrine suprémaciste, un affaissement des principes démocratiques, et l'on crée la perspective d'une irréversibilité. 

Corbé raconte comment avant l'élection ces travailleurs de l'ombre ont rédigé la salve des 104 décrets, que Trump a signés pendant les 60 premiers jours de son mandat. 

Tout était prêt. On ne joue plus ! Fini l'amateurisme de janvier 2017.

À la manoeuvre, entre autres:

-  Heritage Foundation think tank ultra conservateur.

-  Steve Bannon, l'abominable,  qui avait déclaré: "Les démocrates n'ont pas d'importance. La véritable opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer c'est d'inonder la zone de merde" (sic) Le même qui appelle l'ICE  à intimider les électeurs.

 - Stephen Miller, le directeur adjoint du cabinet de Trump le plus fanatique de tous peut-être. 

On prépare la suite, donc,  avec Vance. À moins que Trump, décide à 82 ans de faire un troisième mandat au mépris de la constitution; il en serait bien capable, car dans la hiérarchie des lois il y a d'abord la sienne.

Philippe Corbé dit dans une interview à Télérama "Faites gaffe".

Quand j'observe Charles Alloncle,  le jeune "ciottiste" allié au Rassemblement National, sorte de Saint-Just en costume-cravate, censément rapporteur de la "Commission d'enquête sur la neutralité et le financement de l'audiovisuel public", en fait son procureur, je me dis:

Si ces gens arrivent au pouvoir ils feront bien probablement ce que Viktor Orbán a fait en Hongrie: assécher les ressources des médias opposés, puis les faire racheter à vil prix par des proches, qui ensuite, feront dire et écrire  "ce qui convient". 

Et des proches aux poches profondes, ils en ont.

C'est comme ça que cela commence.


Oui, faisons gaffe !

 


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