lundi 12 janvier 2026

 



                     Les Deux Petits Vieux et les Deux Renards (*)


Un homme affaibli par les malheurs du temps ,

N'arrivait plus à sauver sa maison.

Il avait trois enfants

Qu'il avait élevés, travaillant sans saisons.

Sa caisse était vide,

Son modeste logis laissait entrer les vents.

Ses fils étaient partis chercher fortune au sud.

Avec sa femme, seul, rongé par l'inquiétude,

Lui qui était si bon, en devenait méchant.

Un jour sur le marché il entendit une voix.

C'était une voix forte appelant au sursaut.

"Ah voilà, dit notre homme, je vais faire le badaud."


Il s'approcha donc, les gens était nombreux,

Écoutant le parleur, jeune et portant beau, 

Dire que les étrangers leur dévoraient le pain,

Squattaient les hôpitaux ,

Commettaient des larcins.

"Notre armée est nombreuse et nous vous sauverons.

Les étrangers dehors , la retraite très tôt, 

Des aides pour vous tous, vous l'avez mérité,

Vous qui avez vécu, comme vivent les damnés.

Ah nous saurons gérer ! La chose est fort certaine,

Il suffit de couper les aides aux éoliennes."


Rentrant en son logis, heureux et rayonnant, 

Il embrassa sa femme, elle en fut fort surprise.

"Quelle dame as-tu vu, qui autant te défrise ?"


"Point de dame ma Douce.

Un homme jeune au contraire, et qui a de l'allant.

Il va mettre de l'ordre, nous donnera tant d'argent,

Que nous vieillirons bien en nous croisant les pouces.

Nous changerons le toit et les fenêtres aussi

Que depuis tant d'années malgré tous mes efforts,

Je n'ai pas pu t'offrir bien qu'elles soient pourries.

Cet homme est notre aurore. "


"Mon Ami dit la Douce, j'ai des choses à te dire.

Allant chez la crémière,

Un homme d'un certain âge, ne sachant pas sourire,

Portant cravate rouge, était très en colère.

Éructant, aboyant, le visage écarlate,

À vrai dire il hurlait; sa harangue fera date.

"Je suis l'État, dit-il, on veut vous dévorer. 

On vous vole braves gens,

On vous suce le sang. 

Je suis un camarade, le peuple est mon bréviaire,

Je suis un vétéran, un révolutionnaire.

J'aimais Fidel Castro, 

J'admire Maduro.

Moi seul peut vous sauver.

Les patrons sont des loups, 

Il faut qu'ils rendent gorge, qu'on leur prenne leurs sous,

Et puis qu'on vous les donne.

À les voir penauds, déjà je me bidonne.

Des aides pour vous tous, vous l'avez mérité,

Vous qui avez vécu, comme vivent les damnés.

La retraite très tôt, je veux vous l'assurer."


"Merveille dit le mari !

 Ils disent la même chose. Répartissons nos forces.

Vote pour le vieil homme, je me réserve l'autre.

L'un des deux gagnera et nous serons ravis.

Enfin je marcherai en gonflant mon vieux torse,

Et nos fils reviendront; nous serons bons apôtres."   


L'avenir, hélas, démentit leurs espoirs,

Le jeune l'emporta, l'argent ne rentrant guère,

Le vieux prit sa revanche, il en était très fier.

D'argent pas davantage et de fils non plus,

Qui cherchèrent ailleurs leur fortune perdue.

 Le toit fuyait toujours. Entrait le vent du soir.


"Ah bêtes que nous sommes !" disaient nos vieux amants,

Quand un soir par semaine allant boire au comptoir

Une petite anisette avec leurs vieux amis,

Frileux tout autant qu'eux, malades et boitillants:

"Leur ramage était beau,  

Ils semblaient avertis."


"C'est vrai dit un compère. Nous voilà  pourtant nus,

Nos plumes sur le corps, sont belle et bien perdues.


Les deux étaient renards et nous étions corbeaux."

 


(*) Fable librement inspirée par:

'"Le boiteux et l'aveugle"  d' Ignacy Krasicki 

Avec l'aimable concours de Jean de La Fontaine.







 




 



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lundi 5 janvier 2026

 



                                       L'air du catalogue.


Depuis de nombreuses années je ne sacrifie plus au sacrifice du 31 décembre que constituent les voeux présidentiels. Je les regarde en replay.

Un fois encore, hier.

J'ai vu un homme terne -ce n'était pas son ordinaire quoi qu'on  pense de lui, égrener  le catalogue presqu'exhaustif d'un programme lu qui, après les satisfactions d'usage, aurait été prononcé par un premier ministre dans un discours de politique générale.

Faisons court

I) Nous tenons grâce:

- à vous,

- à nos institutions 

- à nos services publics

- à nos armées

- à nos forces de sécurité

- à notre économie qui crée de l'emploi

- à notre inflation qui est basse

- notre recherche

- à notre excellence académique,

- à nos initiatives diplomatiques.

Zut me dis-je , il a oublié les médecins et les enseignants, les constructeurs d'éoliennes les ingénieurs du nucléaire et les cheminots qui, pour certains, travaillent les jours fériés.

II) Arrivent les actions qu'il faudra conduire avec exigence:

- voter un budget

- aider et protéger les agriculteurs

- simplifier la vie des entrepreneurs,

- lutter contre l'insécurité et le trafic de drogue

- renforcer la formation des enseignants et renforcer les moyens de l'école (ouf! il y a pensé)

- reconnaître la compétence des médecins en ville comme à l'hôpital (pareillement !)

- entamer une vraie décentralisation et répondre aux aspirations légitimes de la Corse et de certains territoires d'outre-mer

- instaurer un service national

Et, je suis content qu'il en ait parlé:

- encadrer les réseaux sociaux

- doter la France d'une loi sur la fin de vie dans la dignité.


Pendant que le président égrenait je me disais: il en est certainement qui l'écoutent, mais qui l'entend ?

Il me donnait l'impression de sacrifier à un exercice imposé auquel il ne croyait plus, sachant qu'il n'a plus grand jeu dans sa main.

Et j'étais triste, non pour lui, mais pour le pays.

Et me disais qu'en fait de catalogue, décidément je préfère l'air

génial, composé par Mozart sur un livret de Da Ponte  au 1er acte du Don Juan.

Tenez, lisez (*): 

                                    

Très chère dame, voici la liste

des beautés séduites par mon maître,

Une liste que j'ai faite moi-même

            Regardez, lisez avec moi.


    En Italie, six cent quarante ;
En Allemagne, deux-cent trente et une ;
cent en France; en Turquie, quatre-vingt onze ;
Mais en Espagne déjà mille et trois.

Parmi elles, des paysannes,
des servantes, des citadines,
des comtesses, des baronnes,
des marquises, des princesses,
des femmes de tous rangs,
toutes sortes, tous âges.

Chez la blonde, il a l'habitude
de louer la gentillesse;
chez la brune, la constance;
chez la blanche, la douceur.

Il lui faut l'hiver la grassouillette.
l'été, la maigrelette.
Il appelle la grande « majesteuse »,
Mais trouve la petite tout aussi « charmante ».

Il séduit les plus âgées
pour le plaisir d'allonger la liste.
Mais sa passion principale
c'est la jeune débutante.

Il se moque qu'elle soit riche,
qu'elle soit laide, qu'elle soit belle ;
Du moment qu'elle porte le jupon,
Vous savez ce qu'il fait.

Et puis écoutez:


(mettez votre curseur sur le lien ci-dessus et cliquez; Youtube apparaît. Cliquez et L'air du Catalogue arrive. Si la publicité apparaît, vous pouvez l'ignorer  quand arrive la mention "Ignorer"en bas à droite de votre écran)


  (*) Aurait-on le droit d'écrire cela dans la France d'aujourd'hui,  fut-ce pour servir une oeuvre immense ? Je n'en suis pas certain hélas.         

samedi 3 janvier 2026

 


                            


            On lui dit quoi à Poutine, maintenant ?


J'avais décidé de ne pas réagir à chaud. Aujourd'hui je fais exception.

En mars 2005, ma femme et moi attendions à la porte de notre hôtel le taxi qui devait nous reconduire à l'aéroport de Caracas. Il était un peu plus de 5 heures du matin.

Il faisait bon, nous étions dehors.

Deux voitures arrivèrent en trombe, les passagers se tiraient dessus.

Hugo Chavez était au pouvoir, il le resterait 8 ans encore. 

Les gens commençaient à faire la queue devant les magasins. Les ministres et les militaires roulaient dans de grosses limousines. Dans les rues, on avait peur.

Chavez disparu, Maduro prit le suite. 

Oligarque, cruel et corrompu, il accentua la dictature mise en place par son prédécesseur, truqua davantage encore les élections,  créa des milices qu'il lança contre ses opposants, contraignit à l'exil une large partie de son peuple affamé.

On ne faisait presque plus la queue; les vénézuéliens savaient que les magasins étaient vides.

Maduro et les siens avaient les joues pleines et le ventre rebondi.

Lisez La fille de l'Espagnole de Karina Sainz-Borgo paru en 2020. C'est un roman magnifique et poignant qui raconte du dedans la monstruosité du pouvoir "madurien" et la misère d'un peuple en détresse . 

Sans aucun doute, le régime de Maduro ne mérite-t-il pas de durer. Mais une fois que l'on a dit cela... hein ?

On dit quoi à Poutine maintenant, lui qui pense que l'Ukraine ne mérite pas l'indépendance.

On lui dit que ce n'est pas bien ? Qu'il faut respecter l'ordre international et la Charte de l'ONU ?

La parole de l'Amérique ne vaut plus, à supposer qu'elle comptât encore un peu.

Les élections de mi-mandat approchent; elles se présentent mal pour le poète qui siège à la Maison blanche. Ses taxes douanières  favorisent une inflation qui pèse sur les plus faibles, dont beaucoup, souffrant du même mal sous Biden, ont voté pour lui. Alors, comme souvent dans l'histoire, on tente un coup d'éclat. À l'extérieur.

Shakespeare a écrit là-dessus, la guerre pour unifier le Royaume d' Angleterre.

En général , ça ne paie pas. 

Xi, Netanyahou, comme Poutine ont maintenant du grain à moudre. Trump leur en a fourni, en abondance.

"L'horreur de la vieillesse est d'être le total d'une vie."

Mauriac "Le noeud de vipère"

La vieillesse de Trump est abjecte.