lundi 25 mai 2026

 



                                    Anne, ma soeur Anne,



Près de 15 jours en Toscane. Merveilleuse Toscane, hors du temps, hors de la presse. Enfin presque, juste les titres.

Un temps trop court pendant lequel l'art vous extrait du monde, pour vous conduire dans des lieux où tout est beau.

Sienne, Lucques, San Gimignano, Pienza...

Un émerveillement constant fait de ruelles étroites bordées de maisons des XIII ème ou XIV ème siècles ,  de places à la fois sobres et majestueuses, d'églises en marbre peuplées de tableaux extraordinaires et de tant d'autres merveilles.

Et puis, avant de rentrer par Beaune et ses Hospices, Florence, l'inestimable, hélas "surenvahie" de touristes. 

360.000 habitants. 4,6 millions de visiteurs l'an passé.

Des queues sans fin (150 mètres sur 3 rangs pour entrer dans le Duomo; la fin de la file n'y entrera pas, les portes auront fermé), des rues envahies, le Ponte Vecchio transformé en souk à bijoux kitsch et de mauvaise qualité.  Les Offices inabordables si l'on n'est pas le premier de la file dès potron-minet. 

Ce n'était pas pourtant la pleine saison.

Alors nous avons trouvé notre bonheur ailleurs, à la Cathédrale Santa Maria Novella et dans deux palais superbes - le Palazzo Pitti et le Palazzo Vecchio - moins glamours pour les selfies, sans touristes à propos desquels on rapporte que le directeur des Offices aurait dit qu'ils défilent devant les tableaux leur tournant le dos, occupés à se photographier, ne regardant rien et n'apprenant rien.


Nous voilà revenus.

Retailleau devient climatosceptique, pensant sans doute que cela l'aidera. Le pauvre homme. "Il a dans son maintien l'importance bureaucratique d'un homme secondaire" (Balzac: Une ténébreuse affaire)

Le procès de Nicolas Sarkozy a tourné au déballage sordide.

Mélenchon invente une vie de misère à ses parents qui se seraient nourris à la soupe populaire et auraient été enterrés dans une fosse commune. Son père était receveur des postes, il avait créé Radio Tanger.  Sa mère était institutrice.  Ils devaient avoir des moyens suffisants pour se nourrir, n'est-ce pas? Au surplus,  quand ils sont morts,  à supposer qu'ils fussent indigents, lui était sénateur, confortablement installé et rémunéré depuis des lustres. Si cela avait été nécessaire, j'espère qu'il aurait apporté son concours.

Travestir la vie de ses parents pour servir l' obsession maladive de sa triste personne ! 

Ce type est décidément infect.


Les autres sont toujours là.

Notre Donald planétaire s'est fait ridiculiser par XI, c'était couru.

Poutine ne cède pas. Pareil.

En Israel l'extreme droite mène le bal.

La crise dure au Moyen-Orient. Combien de temps personne ne le sait. À supposer qu'il y ait accord avec l'Iran il sera mal ficelé et provisoire. Les conséquences de cette guère se feront sentir encore longtemps, sans doute. 

J'avais écrit mes craintes le 9 mars dans "À quoi ça tient le malheur des Hommes"

 À vrai dire il ne fallait pas être grand clerc. J'aurais tant aimé avoir tort.

" Il existe une différence importante entre l'optimisme et l'espoir "  écrit Siri Hustvedt dans Ghost Stories à propos du cancer hélas fatal de son mari, le grand écrivain Paul Auster.

Suis-je optimiste ? Non

Ai-je encore de l'espoir ? Oui

Après tout, des hommes  et des femmes ont bien été capables de créer toutes ces villes de Toscane. D'autres sont encore capables de les entretenir, de restaurer les tableaux abimés par le temps, de faire pousser des vignes sur des collines magnifiques. Et des champs d'oliviers, et des allées de Cyprès, sentinelles d'une campagne indescriptible, en tout cas par moi qui ne suis ni Jean d'Ormesson, ni encore moins Stendhal.

Alors je me tourne vers la fenêtre: 

- "Anne, ma soeur Anne ne vois-tu rien venir?"

- Je vois des cavaliers au loin, dans un grand désordre,  au pied de leurs destriers. En rang mais agités.

D'un côté en chemise brune une femme et un homme jeune; ils ne se sourient pas.

De l'autre, casaque rouge sang, un homme âgé qui s'agite et vocifère.

Entre eux une armée de prétendants:

- un vendéen. Il est maigre et fait des sourires aux chemises brunes. 

- deux anciens chefs de gouvernement; ils auraient convenu que le moins bien placé se retirerait au profit de l'autre. 

- d'autres qui hésitent ou font semblant. Ils sont nombreux et portent des casaques vertes ,ou rose foncé ,ou rose pâle ou, on ne sait pas. Et un ancien président, rondelet et jovial, tapis derrière un bosquet son cheval harnaché, comme attendant les fautes.

Je vois mal d'ici, ils sont loin.  L'heure n'est pas au départ.


- Dis-moi, Soeur Anne, cela fait bien du monde!  Benoît XVI a écrit: "chaque homme est nécessaire."

On viendrait à en douter.


- Calme-toi mon frère, il est encore bien tôt. À l'heure qu'il est, les français ont la tête ailleurs; il y a de quoi.

Il fait chaud, prends soin de ton espoir et garde-le au frais.




mardi 5 mai 2026

 



                              Hommage à Jean-Bernard Pommier,



       Ne pas vous écrire sur cet immense musicien aurait été une offense à notre amitié.

Alors voilà. Je vais me limiter à vous communiquer mes préférences dans son impressionnante discographie. Et puis vous verrez.


Bach

Concertos 1, 4 et 5 Orchestre de Cologne,  Marty.

Inventions (L'enregistrement qu'il préférait, confidence à Philippe Cassard qui lui avait consacré un de ses "Portrait de famille" le 14 avril 2023 disponible en podcast). 

Toccatas Intégrale (impressionnante)


Debussy

Pour le piano

Children's corner

Estampes.


Beethoven 

Intégrale des sonates pour piano (diapason d'or)


Schumann

Quintette avec piano (avec le quatuor Bernède)

Novelettes (Un sommet)


Est arrivé un moment où Jean-Bernard, homme de fort caractère,  ne voulait plus enregistrer pour des "majors" qui sortaient les disques trois, quatre ou cinq ans après l'enregistrement.

" Ce que je joue aujourd'hui n'est pas ce que je jouerai demain. Entre temps j'aurai travaillé, lu, interprété et vieilli."

Alors, on l'a aidé.

Il a enregistré et édité dans la foulée:

Mozart

L'intégrale des sonate pour piano (magistrale ) 

Brahms:

Intégrale

-  des sonates pour piano et violon avec Jaime Laredo

- des sonates pour piano et violoncelle avec Leonard Rose ( le dernier enregistrement de cet immense violoncelliste dont les trios de Schubert avec Stern et Istomin sont un sommet.)


Et puis à la toute fin, alors que son agenda de concerts était affolant, il est venu à Madrid enregistrer : 

"Entre tes mains" la symphonie pour cordes composée par mon frère Emmanuel .


Alors qu'il venait de terminer l'interprétation de l'intégrale des 32 sonates de Beethoven Salle Gaveau, je lui avais dit:

"Viens on t'emmène dîner"

Lui:

"Je ne peux pas, je file à Roissy, demain décollage pour Bangkok.

Ne m'en veux pas, je suis crevé, j'ai joué ce soir avec 40° de fièvre."

Je peux vous dire qu'avec ces 40° de fièvre, c'était magnifique.

C'était Jean-Bernard


Allez écouter, aussi,  sur Youtube, le 3ème de Beethoven avec Karajan et le Philharmonique de Berlin. Il avait 29 ans. C'est prodigieux.

Le 25 avril dernier Philippe Cassard avait bouleversé son programme pour lui consacrer un ultime Portrait de famille dans lequel il évoque d'ailleurs ce 3ème concerto;

Disponible en podcast, c'est extraordinaire. (*)


C'était notre ami


(*) , pas seulement parce que lui aussi cite Godart.

lundi 4 mai 2026

 




                                            Retailleau m'a sauvé la mise.


Pour tout vous dire, j'étais un peu sec.

Je me disais: je ne vais tout de même  pas chaque lundi écrire sur Trump, Poutine, Xi, Netanyahu, Khamenei,  Mélenchon, Bardella, Sarkosy, Bolloré, et d'autres encore, enfin sur ces belles âmes, qu'à des titres divers, on ne souhaite pas montrer en exemple à ses petits-enfants.

Oh j'aurais pu vous écrire sur Jean-Bernard Pommier, mort le 23 avril, immense pianiste, grand chef d'orchestre, plus jeune lauréat à 17 ans du concours Tchaikowski. Un des rares sinon le seul pianiste français à avoir joué avec Karajan, Boulez, Schneider, Stern, Rose, Istomin, Barenboim et j'en passe. 

Mais je ne suis pas critique musical. 

Le reste relève de l'amitié depuis 1971. 

1971-2026, il faut bien qu'un jour cela s'arrête, hélas.

Alors oui, j'étais triste et sec.

Et puis voilà. Bruno Retailleau a parlé et m'a sauvé la mise.

Bruno Retailleau, c'est comme avait dit Godart, un "professionnel de la profession" . Il a fait sa carrière dans la politique et rien que dans la politique. 

Ce n'est pas un reproche. Il faut de l'expérience dans ce métier, si l'on veut le bien faire.

Quoique, de Gaulle et Pompidou n'en avaient guère. 

Il est vrai que le premier incarnait la France et que le second était ontologiquement un homme d'État.

Les temps ont changé, il faut redescendre sur le plancher des vaches ou, s'agissant de Bruno Retailleau passionné d'équitation, se coucher dans la paille des box.

Voilà donc, alors que j'étais en manque d'inspiration,  que ce sénateur de profession, un court moment ministre, vint à inventer un concept:

          "La mise au ban des nations" d'une nation amie.

Soyons précis, notre cavalier a dit: 

                  "La mise au ban des nations européennes".

Dans le bazar ambiant, j'attendais qu'enfin un homme se lève. Eh bien Bruno Retailleau s'est levé.

La cause de son ire ? 

L'Espagne, qui entend régulariser 500.000 travailleurs immigrés clandestins, essentiellement hispanophones et de culture hispanique et qui sont présents en Espagne depuis plusieurs années. C'est ce qu'assure son Premier ministre Pedró Sanchez.

A-t-il raison de régulariser autant ? Je ne sais pas. 

A-t-il des arrière-pensées ? Possiblement.

A-t-il des arguments qui motivent sa décision ? Oui: 

Ces gens travaillent dans des secteurs essentiels pour le pays: 

Le bâtiment et les travaux-publics (comme en France),  la restauration (comme en France), l'hôtellerie ( comme en France), la plupart depuis des années (comme en France).

 Quoi qu'il en soit, est-ce une raison pour vouloir "mettre au ban des nations européennes"  un pays:

`- qui a adhéré à l'Union il y a plus de quarante ans, 

 - qui a participé avec nous à la lutte contre le terrorisme,

- dans lequel vivent plus de 150.000 français,

- avec lequel nous avons des liens économiques essentiels et forts : la France est le 1er client, le 3ème fournisseur et le 3ème investisseur en Espagne. 

- vainqueur de la dictature franquiste.

- qui a le courage de s'opposer aux folies "trumpesques".

"Au ban des nations européennes" !  Au motif qu'il craint, notre "sénateur-candidat-à-la-présidentielle-de-2027", l'arrivée en France de tout ou partie des 500.000 régularisés.

Shengen, évidemment; il est vrai que c'est un sujet.

Mais tout de même! 

Mettre l'Espagne au ban des nations européennes !

 On atteint au génie chez cet homme-là.

 Sans doute n'a-t-il pas imaginé que vouloir mettre "au ban des nations européennes" un pays ami, c'est exposer la France à y être mise un jour elle aussi.


"On dit que les serpents deviennent aveugles, juste avant leur dernière mue.

Toni Morrison : Jazz