Retailleau m'a sauvé la mise.
Pour tout vous dire, j'étais un peu sec.
Je me disais: je ne vais tout de même pas chaque lundi écrire sur Trump, Poutine, Xi, Netanyahu, Khamenei, Mélenchon, Bardella, Sarkosy, Bolloré, et d'autres encore, enfin sur ces belles âmes, qu'à des titres divers, on ne souhaite pas montrer en exemple à ses petits-enfants.
Oh j'aurais pu vous écrire sur Jean-Bernard Pommier, mort le 23 avril, immense pianiste, grand chef d'orchestre, plus jeune lauréat à 17 ans du concours Tchaikowski. Un des rares sinon le seul pianiste français à avoir joué avec Karajan, Boulez, Schneider, Stern, Rose, Istomin, Barenboim et j'en passe.
Mais je ne suis pas critique musical.
Le reste relève de l'amitié depuis 1971.
1971-2026, il faut bien qu'un jour cela s'arrête, hélas.
Alors oui, j'étais triste et sec.
Et puis voilà. Bruno Retailleau a parlé et m'a sauvé la mise.
Bruno Retailleau, c'est comme avait dit Godart, un "professionnel de la profession" . Il a fait sa carrière dans la politique et rien que dans la politique.
Ce n'est pas un reproche. Il faut de l'expérience dans ce métier, si l'on veut le bien faire.
Quoique, de Gaulle et Pompidou n'en avaient guère.
Il est vrai que le premier incarnait la France et que le second était ontologiquement un homme d'État.
Les temps ont changé, il faut redescendre sur le plancher des vaches ou, s'agissant de Bruno Retailleau passionné d'équitation, se coucher dans la paille des box.
Voilà donc, alors que j'étais en manque d'inspiration, que ce sénateur de profession, un court moment ministre, vint à inventer un concept:
"La mise au ban des nations" d'une nation amie.
Soyons précis, notre cavalier a dit:
"La mise au ban des nations européennes".
Dans le bazar ambiant, j'attendais qu'enfin un homme se lève. Eh bien Bruno Retailleau s'est levé.
La cause de son ire ?
L'Espagne, qui entend régulariser 500.000 travailleurs immigrés clandestins, essentiellement hispanophones et de culture hispanique et qui sont présents en Espagne depuis plusieurs années. C'est ce qu'assure son Premier ministre Pedró Sanchez.
A-t-il raison de régulariser autant ? Je ne sais pas.
A-t-il des arrière-pensées ? Possiblement.
A-t-il des arguments qui motivent sa décision ? Oui:
Ces gens travaillent dans des secteurs essentiels pour le pays:
Le bâtiment et les travaux-publics (comme en France), la restauration (comme en France), l'hôtellerie ( comme en France), la plupart depuis des années (comme en France).
Quoi qu'il en soit, est-ce une raison pour vouloir "mettre au ban des nations européennes" un pays:
`- qui a adhéré à l'Union il y a plus de quarante ans,
- qui a participé avec nous à la lutte contre le terrorisme,
- dans lequel vivent plus de 150.000 français,
- avec lequel nous avons des liens économiques essentiels et forts : la France est le 1er client, le 3ème fournisseur et le 3ème investisseur en Espagne.
- vainqueur de la dictature franquiste.
- qui a le courage de s'opposer aux folies "trumpesques".
"Au ban des nations européennes" ! Au motif qu'il craint, notre "sénateur-candidat-à-la-présidentielle-de-2027", l'arrivée en France de tout ou partie des 500.000 régularisés.
Shengen, évidemment; il est vrai que c'est un sujet.
Mais tout de même!
Mettre l'Espagne au ban des nations européennes !
On atteint au génie chez cet homme-là.
Sans doute n'a-t-il pas imaginé que vouloir mettre "au ban des nations européennes" un pays ami, c'est exposer la France à y être mise un jour elle aussi.
Toni Morrison : Jazz
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