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"Le journal d'un prisonnier"
J'ai acheté "Le journal d'un prisonnier".
20, 90 € payés à Fayard donc à monsieur Bolloré; Croque-notes oblige. Me console le fait que mon merveilleux libraire aura sa part.
Vous savez que Nicolas Sarkozy ne figure pas dans mon Panthéon des chefs d'État français exemplaires. J'avais décidé pourtant de lire le "Le journal d'un prisonnier", avec objectivité et le cas échéant sympathie voir commisération, respectant ainsi ce que j'avais écrit le 29 septembre: "Je ne le plains pas monsieur Sarkozy, enfin si, car les malheurs des autres ne me réjouissent pas".
Le livre est troussé d'une plume alerte. Sarkozy écrit comme il est: court et rapide.
Il y a quelques pages dignes, essentiellement celles consacrées aux visites que lui rend l'aumônier de la Santé , à sa famille, ou à quelques fidélités politiques ne fussent-elles pas toujours partisanes.
Il en est d'autres en revanche qui ne le sont pas, sur les soutiens répétés de Pascal Praud, de Laurence Ferrari, de Philippe de Villiers par exemple.
Rien que de très normal, au fond, de la part de collègues employés comme lui dans l'écurie de Vincent Bolloré.
Dans ce livre, il y a un présupposé que l'on peut résumer ainsi:
"Je suis innocent. Je n'ai rien fait, mais les juges sont de gauche et me haïssent."
Quoi que l'on en pense, on ne peut pas lui reprocher de proclamer son innocence, c'était son système de défense; il le demeurera en appel, sans doute.
On ne peut en revanche qu'être outré et inquiet par l'appréciation qu'il porte sur les juges à propos desquels il écrit:
"Il existe en France dans nombre de milieux une minorité d'autant plus agissante qu'elle est peu nombreuse, qui poursuit un combat idéologique contre les politiques, contre la droite et contre moi qui en suis le symbole." Nicolas Sarkozy est modeste, nous le savions.
C'est exactement le discours que Trump a tenu et continue de tenir. C'est exactement ce qu'en vertu de quoi, Trump a amnistié les envahisseurs du Capitole. C'est exactement ce qui annonce la fin possible de notre modèle démocratique.
J'ai écrit le 29 septembre, puis le 6 octobre, ce que je pensais du jugement et de l'exécution provisoire. Je n'y reviens pas car je n'ai pas trouvé dans ce livre l'once d'un élément nouveau par rapport aux 380 pages du jugement que j'avais lues.
Rien de nouveau sauf quelques mensonges.
Dont le plus gros est l'affirmation que la note dite Moussa Koussa, qui faisait état d'un projet de versement de la Libye au profit de la campagne de Nicolas Sarkozy , est un faux reconnu par la justice.
Le problème, est que c'est exactement le contraire:
Après expertises la Cour d'appel a validé le prétendu faux et sa décision a été consacrée par la Cour de Cassation.
Comment voulez-vous qu'après, on lise la suite de ce "journal" sans se dire:
"Est-ce que, par hasard, monsieur Sarkozy mentirait ?"
Plus j'avançais dans la lecture, plus j'éprouvais un sentiment un malaise. À la fin mon malaise s'était transformé en état nauséeux.
Tenez:
- Voilà un homme qui a été , faisons court, maire de Neuilly à 28 ans, président de Conseil général des Hauts de Seine, chef de parti et non des moindres, ministre du budget - ayant en partie la main sur le budget de la justice donc des prisons- ministre de l'intérieur et président de la République.
Et cet homme découvre à 70 ans, après plus de 40 ans de vie politique qu'être incarcéré dans une prison, c'est dur, "qu'aucun espace n'exprimait le plus petit espoir ou la moindre humanité", que le lieu de promenade "ressemblait à une cage." que l'ordinaire était constitué "de petites barquettes en plastic qui sentaient fort et soulevaient le coeur".
On est halluciné de lire que cet homme, qui pendant des années a demandé qu'on emprisonne sans délai, fut-ce avant jugement, les voleur de bicyclettes, ne savait pas ce qu'est une prison.
S'il en avait visité, n'en serait-ce qu'une, il aurait su.
Au surplus, il semble n'avoir jamais été informé de l'état des prisons en France.
Au fond, c'est bien le drame de cet homme.
Nicolas Sarkozy n'était pas informé. C'est un responsable politique au plus haut niveau, auquel on n'a jamais rien dit.
Il en est des prisons comme des visites rendues en Libye à monsieur Senoussi par ses deux plus proches collaborateurs: on ne lui a rien dit.
Orgon serait de ce monde, on entendrait "Le pauvre homme" '
- Plaint-il ceux qui sont 4 ou 5 par cellule ?
Juste d'un mot. "J'imaginais les autres détenus s'entassant parfois à trois ou quatre dans le même espace" (11 m2). Où plus loin, à propos d'un incident survenu une nuit "L'étonnant à mes yeux n'était pas que l'affrontement ait eu lieu mais qu'il n'y en ait pas eu bien davantage dans une prison où le taux d'occupation était de 191%"
Car enfin, il avait une cellule pour lui, le pauvre homme, il bénéficiait de l'attention particulière et déférente des gardiens qu'il prend soin de remercier. Le directeur de la prison venait le voir régulièrement pour s'enquérir de son état et du soin que l'on prenait de lui. Il voyait sa famille tous les deux jours, et avait même reçu la visite du Garde des Sceaux. Il disposait aussi, ô combien, des moyens de "cantiner".
Je ne dis pas que ce fut drôle, ce qu'il a vécu monsieur Sarkozy, mais enfin, un peu de décence n'aurait pas nuit.
Soyez rassuré, toutefois. Au milieu de son martyr, Nicolas Sarkozy a écrit quelques lignes pour soumettre à l'attention de ses lecteurs et du peuple français, l'idée originale et généreuse qu'il faudrait tout de même faire quelque chose pour améliorer la vie carcérale en France .
Et là, pardonnez-moi, m'est revenue cette réplique d'Audiard dans la bouche de Bernard Blier: " J'ai déjà vu des faux-culs, mais vous êtes une synthèse!"
- Rend-il hommage à ceux qui, depuis des dizaines d'années, l'ont servi et ont, comme lui, à cause de lui "peut-être", été condamnés ?
Eh bien non.
Hortefeux qu'il appelait son frère, et Guéant ? "Deux collaborateurs"; deux lignes, même pas.
Herzog, avocat de toujours, ami de toujours, bouclier de toujours, interdit d'exercer à cause de son aveugle dévouement : un paragraphe sur le thème: "Je n'aurais pas dû le choisir, il n'avait pas les moyens". Fin de l'hommage.
- A-t-il un mot pour les parties civiles, parentes des victimes de l'attentat du DC10 ? Oui, pour dire qu'elles sont ingrates. Pensez-donc, il les avait reçues.
Mais il faut lui pardonner à Nicolas Sarkozy. Je vous en supplie, pardonnez-lui. Car voyez-vous, ce qu'il a vécu rencontre l'HISTOIRE, la belle, la grande, celle qu'on écrit en lettres capitales.
"L'affaire Dreyfus prospéra sur la base de faux documents. La mienne débuta sur la base du faux document publié par Mediapart (voir plus haut) doublé de faux témoignages..... Dreyfus fut emprisonné à la prison de la Santé... Certes je n'ai pas été envoyé sur l'Ile du Diable" .
Puis, se référant aux Évangiles (Matthieu 5, 1-12) il cite la 4ème Béatitude :
"Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux."
Saint-Nicolas Sarkozy, priez pour nous.
Il y a la queue lors des séances de dédicaces du "Journal d'un prisonnier" qui est en tête des ventes.
"La crédulité de l'opinion est sans borne quand il s'agit de la vie des grands."
Maël Renouard: "L'Historiographe du Royaume".
Même si ce grand là, on l'a lu, est minuscule.
Voilà qui confirme mon idée de ne pas vouloir le lire. Je sais maintenant pourquoi. Heureusement qu’Audiard est là : son humour dévastateur, si bien évoqué, nous sauve une fois encore des enfers.
RépondreSupprimerMaï H-H
Le noeud gordien chère Maï HH , Le noeud Gordien
SupprimerCher Bertrand ton très bon article est tout à fait en phase avec ce que je pense. Si on rajoute maintenant son ralliement avec l'extrême droite on a la cerise sur le gâteau.
RépondreSupprimerJean du Lot
Cher Jean
SupprimerEn vieillissant, Sarkozy comme les vieux arbres aux racines affleurantes, tombe du côté où il penche.
Amitié
Son comportement vis àvis de Chirac en 1995 offre un éclairage sur la reconnaissance et la fidélité .
RépondreSupprimerLa relecture du "Noeud Gordien " est une bonne chose pour comprendre beaucoup de chose sur une conception de la société ...
PH
Cher PH
SupprimerLe noeud gordien est essentiel.
Lisez si je puis me permettre : Pompidous, Lettres et carnets
Evidemment c'est très loin de Nicolas Sarkozy; c'est époustouflant