lundi 13 avril 2026

 


                                                 

                                        Quelle ordure !


 Il faut faire attention avec les mots. J'ai donc fait attention. Très attention même.

Ordure

- personne vile, abjecte (Larousse)

- personne abjecte (Le Robert)

Vil

- qui suscite le mépris. (Larousse)

- qui inspire le mépris, qui est sans dignité, sans courage ou sans loyauté (Le Robert)

Abject

- qui inspire le dégoût, le mépris par sa bassesse et sa dégradation morale. (Larousse)

- qui mérite le mépris, inspire un dégoût moral. (Le Robert)

                                       XXXX

Eh bien oui, chers Lecteurs, précautions polysémiques prises,  et bien que cela me répugne, Nicolas Sarkozy est une ordure. J'avais hésité avec crapule que le Larousse définit ainsi: "personne malhonnête".

Nicolas Sarkozy n'est pas définitivement condamné il est donc présumé innocent. Ce n'est donc pas, à ce jour, une crapule.

Il a été chef de l'État. Le chef de notre État. Quoi que l'on ait voté à l'époque, j'ai voté pour lui au deuxième tour en 2007, il faut être triste.

Le 15 décembre 2025 j'avais écrit ce que je pensais de son "Journal d'un prisonnier" , important chef d'oeuvre littéraire et éthique. 

J'avais omis de mentionner un passage pourtant édifiant, qui témoignait de sa grandeur d'âme.

Il avait en effet qualifié - "traité" serait plus juste-  , le général François Lecointre, ancien chef d'état-major des armées et  grand chancelier de la légion d'Honneur- "d'obscur général."

L'obscur général avait été décoré de la légion d'honneur à 33 ans pour "bravoure sous le feu", récompensé pour son courage sur le pont de Vrbanja à Sarajevo.  Je lui ai rendu hommage le 2 juin 2025 à l'occasion de la sortie de son livre magnifique "Entre guerres".

Qu'elle était minable cette reconnaissance de la Nation en regard  de celle qui honora dans sa promotion du 14 juillet  2008, sur le contingent du président de le République, les mérites de madame Choubrac, magistrate aux affaires familiales au tribunal de Nanterre, laquelle avait réglé avec célérité et discrétion le divorce de Nicolas Sarkozy avec sa femme de l'époque.  "Je crois qu'il a apprécié que je n'en parle pas" , avait-elle déclaré.

Illustre magistrate. Obscur soldat.

Nous voilà donc devant la première chambre de la Cour d'appel de Paris. 

Là, dans le déshonneur, notre grand homme a gravi une marche supplémentaire.

Rappelez-vous, "Il n'y a pas de quoi se réjouir", mon article du 29 septembre dernier:

En première instance il avait lâché ceux qui l'avaient servi.

Guéant - son plus vieux et plus fidèle collaborateur -, et Hortefeux - son frère (sic):

 Pensez, ils ne lui avaient rien dit de leurs voyages libyens et des rencontres qu'ils avaient faites "guidées" par deux intermédiaires véreux que le grand homme connaissait bien pourtant. 

Ah ça, s'il avait su!

"Pourtant lui demande Olivier Géron, le président de la Cour,  un an avant, vos deux collaborateurs étaient allés en Arabie saoudite, en compagnie de Takieddine. Et cette fois là vous étiez au courant."

"Oui, en effet."

Un ange passe. 

Et puis il y avait eu Herzog , son fidèle avocat et serviteur dévoué dans les causes difficiles. Il s'exposa Herzog, ô combien. Il était imprudent Herzog mais c'était au service du grand homme. 

Résultat, condamné et interdit d'exercer. 

Le grand homme prononça une oraison funèbre du plus bel effet qu'on peut résumer ainsi:  "il n'était pas capable de gérer un dossier pareil, il aurait dû le dire, je m'en suis aperçu trop tard."

Il est pourtant avocat, lui aussi, notre grand homme. Mais non, ça n'y fait rien.  Allez Herzog, du balai! 

La question qu'a dû se poser Nicolas Sarkozy est, j'imagine, la suivante: "Comment m'en sortir devant cette Cour et son président  Géron qui n'est pas un poussin de la dernière couvée?"

Il semble qu'il a trouvé la réponse. S'en prendre aux absents.

D'abord mettre en cause son prédécesseur: la Libye c'est pas moi c'est Chirac.

Ensuite et surtout, Guéant. 

Il est malade Guéant, il ne peut pas comparaître. Alors on le cible. Les sous-entendus seront bien utiles.

"je n'ai jamais demandé directement ou indirectement le départ (comprenez l'exfiltration) de Béchir Saleh" (ex directeur de cabinet de Kadhafi), réclamé pourtant par la Libye débarrassée de Kadhafi.

Sous-entendu: si ce n'est pas moi, c'est Guéant ministre de l'intérieur de l'époque

"j'étais à cent lieues d'imaginer l'affaire de la villa et des tableaux" 

Malgré la proximité constante de Bernard Squarcini patron de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure c'est à dire du renseignement intérieur, son camarade, l'homme qui savait tout sur tout le monde. Oui malgré Squarcini,  il ne savait rien.  Décidément, comme dans la chanson d'Alain Souchon, "on lui cachait tout, on lui disait rien."

" c'est à Claude Guéant d'expliquer ce qu'il a fait. Mais si on me demande mon avis, ça me semble extrêmement étrange".

Il ne lâche plus, il charge.

Le président Géron, pas dupe sans doute, lui dit:

" Une conversation a été enregistrée entre Claude Guéant et sa fille le 13 juin 2013. Elle lui parle "du jour où tu vas te décider à balancer", il lui répond "je ne vais pas balancer". A quoi fait-elle allusion monsieur Sarkozy ?"

"Je n'en sais rien. ... J'aurais été très heureux que monsieur Guéant soit là. C'est tellement plus simple devant la Cour quand il n'est pas là"

Plus simple en effet, mais pour lui.

Car malheureusement, la fille de Claude Guéant, ne peut pas venir témoigner et la Cour ne peut pas se transporter pour aller entendre son père. Le code de procédure pénale ne le prévoit pas.

Quant à Guéant, ma conviction est qu'il n'aurait pas parlé.

Est-il propre Guéant dans toutes ces affaires ? Il est clairement apparu que non.

Mais à tout prendre, sans doute ne veut-il pas finir avec la réputation d'avoir été  une "balance" comme on dit dans le milieu.

Cela l'honore.

Notre grand homme n'a pas ces scrupules; il balance.


Alors me direz-vous:

"S'il est innocent ? Il a bien le droit de se défendre !"

Et je vous répondrai:

"Evidemment, mais pas au prix de ces lâchetés."


" La nature vous essaie dans un sens , et puis ça y est, pour toujours."

Céline: "Voyage au bout de la nuit"





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