lundi 7 septembre 2026

 

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                                               Faites gaffe ! (saison 2)


Le 9 février dernier, j'avais sous ce titre écrit les menaces qui pèsent sur la démocratie en France. (*) Pour ce faire, je m'étais appuyé sur ce qui se passe aux USA.

"Le plus grand président de l'histoire des États-Unis", c'est ainsi que Trump parle de lui. Il peut en effet se prévaloir d'un bilan  inégalé. 

Tenez:

- La guerre au moyen-orient qui n'en finit pas. Quelques jours avait-il dit.

- La guerre avec l'Iran,  qui n'en finit pas. Quelques jours avait-il dit.

- L'Ukraine ? Il mettrait fin à la guerre en vingt-quatre heures. On sait ce qu'il en est. 

- Le 18 août dernier il décidait de diminuer les exercices militaires avec la Corée du Sud pour ne pas froisser l'aimable dictateur de la Corée du Nord, qui "a toujours été gentil avec moi".  Le gentil dictateur l'avait pourtant roulé dans la farine lors de son premier mandat.

- Et, dernier coup d'éclat des cet esprit lumineux, il semble devoir encourager le président argentin à reprendre les hostilités  à propos des Malouines pour punir l'Angleterre de ne pas le soutenir en Iran.

 Trump "Homme de paix", comme l'appelait le président de la FIFA.

S'il n'y avait que cela.  Mais non:

- Un déficit budgétaire abyssal, supérieur à 1800 milliards de dollars représentant 5,7% du PIB.

- Un déficit commercial colossal à 743 milliards de dollars. 

- Des droits douanes illégaux que le pays est obligé de rembourser à hauteur de 180 milliards.  

- Une dette de 40.000 milliards de dollars (124%) du PIB

- Une inflation de 3,4%

- Des cours du pétrole et du gaz qui s'envolent dans le monde, résultat de sa magnifique opération de cinq jours contre l'Iran qui dure depuis six mois.

- Une dérégulation des marchés, Trump ayant élargi avec l'accord de la Cour suprême presque totalement à sa main,  ses pouvoirs sur les organes de contrôles que sont la SEC et la CFTC,  organes dont les prérogatives avaient justement été accrues après la crise de 2008;

 - Mainmise sur la Réserve fédérale (FED) en principe indépendante,  en nommant un président discipliné qui, dit-on, prend ses ordres à la Maison blanche

De sorte qu'au bout de ce fabuleux parcours, les prêteurs déboussolés et inquiets se cabrent et commencent à craindre les conséquences des politiques menées par ce génie immature et instable. 

Ceci, dans un contexte de valorisation déraisonnable des actifs liés à l'IA, qui commence à inquiéter sérieusement.

Quand les prêteurs se cabrent, les taux  grimpent. Ceux à 10 ans sur les emprunts d'État US sont  montés à 4,8% et ceux à trente ans à 5,25% !


Arrêtons là cet éloge.


Oui, Donald Trump est un président exceptionnel,  le Coolidge des temps modernes. Vous savez, Coolidge ce président magnifique qui  à partir de 1923 avait dérégulé à tour de bras entrainant le krach de 1929.


Nous n'en sommes pas là, quoi que:

A la manière d'un pompier pyromane, le bonhomme a allumé des mèches un peu partout et sur beaucoup de sujets. Si le feu se déclare cela ira vite, cela fera mal, et malgré son génie, le président méchu de Mar-a-Lago ne pourra guère faire autre chose que constater les dégâts.

La France considérablement endettée qui emprunte à 10 ans au taux de 4,23% contre 3,45% il y a 6 mois et chroniquement déficitaire sera en Europe un des pays les plus touchés.

Je me rappelle aout 2007. 

 Des banques commençaient à se regarder de travers et l'une d'elle avait temporairement fermé un fonds. Cela signifiait  que Madame Michu épargnante modeste ne pouvait plus retirer sa petite épargne, fut-ce de 1000 €.

En septembre, j'avais invité les banques du petit groupe que je dirigeais à venir, les unes après les autres, expliquer ce qui s'était passé. 

"Rien du tout  monsieur. Juste une petite frayeur, vite oubliée."

J'ai proposé à mon conseil d'administration de considérer que ce n'était pas "Rien du tout", et qu'au contraire cela risquait d'être  grave avec notamment une flambée des taux et une chute brutale des marchés. Le conseil  m'avait suivi. 

Un an plus tard, le 15 septembre, Lehman Brothers faisait faillite et le monde s'enfonçait dans la crise.

Je suis maintenant "retiré des voitures"comme on dit. Depuis suffisamment de temps pour que, sans fausse modestie, je me considère incompétent. 

 Les choses ont changé. Enfin c'est ce qu'on lit. 

Je l'espère vivement.

Mais,

"Les hommes ont la faculté de croire à chaque circonstance qu'il s'agit d'autre chose, faculté qui leur permet d'adopter des erreurs statistiques, politiques etc. sans s'apercevoir que ce sont les mêmes qu'ils ont prises pour des vérités.

Marcel Proust Sodome et Gomohhre.


Alors,  "faites gaffe" quand même.


(*) J'écrirai plus tard sur l'arrivée au pouvoir des néo-nazis en Saxe-Anhalt; elle n'arrange rien bien sûr.