Léon et l'IA
En mai dernier lorsqu'a paru Magnifica humanitas, la première encyclique du pape Léon XIV, un ami très cher, grand croyant dont j'admire le combat déterminé et serein contre la maladie, m'a dit:
- Tu devrais écrire quelque chose dans Croque-notes.
- Qui suis-je ai-je répondu, pour me lancer dans un tel travail moi, qui me console en disant avec Edgar Morin que "La ferveur m'est restée quand la foi a péri".
- Lis quand même, et tu verras.
J'ai lu, puis je lui ai promis.
Alors, bien qu'impressionné par la considérable dimension intellectuelle du Pape, j'écris modestement quelques courtes lignes alors qu'il est en France et que, dans le même temps, le débat sur les réseaux sociaux et l'Intelligence Artificielle enfle, favorisé par "l'affaire Thélyson Orélien".
Voilà donc ce que nous dit le Pape.
En sous-traitant à la machine sa propre réflexion, l'homme se laisse attirer "par cette séduction subtile qui fait apparaître inutile la pensée humaine précisément au moment où elle est la plus nécessaire".
L'être humain est conduit à ne plus penser, à ne plus lire, à devenir en quelque sorte un consommateur passif d'informations non vérifiées. Léon XIV dit avec Hannah Arendt qu'il cite, que lorsqu'on ne fait plus la différence entre les faits et la fiction, entre le vrai et le faux alors, la société glisse inexorablement vers le totalitarisme.
Que deviendra ce consommateur passif quand l'IA l'aura relégué aux tâches subalternes ou plus gravement, à la mise à l'écart du monde du travail. Quand le fossé déjà considérable entre les pays développés et les autres se creusera encore et encore parce que les premiers détiennent et développeront l'IA et les autres non, faute de moyens.
"Ces territoires deviennent des réservoirs de main d'oeuvre précaire et des foyers d'instabilité et de migrations forcées."
L'IA est source possible de très grands progrès, on le sait, dans les domaines de la recherche et de la santé notamment.
Mais elle porte en elle, les germes du malheur des hommes si elle n'est pas règlementée et régulée.
Somme toute, à supplément de progrès doit correspondre un supplément d'âme. Voilà ce que nous dit Léon XIV.
Quel défi ! Avec des monstres tels que Musk qui a dit que "l'empathie était la faiblesse fondamentale de la civilisation occidentale" l'affaire n'est pas gagnée.
Des hommes devenus fous, jamais gavés, emportés par les fortunes insensées que leur procure la valorisation démentielle de leurs entreprises et qui continueront je le crains de nourrir la bête.
Des dirigeants incultes, avides de puissance qui les pousseront à continuer pour dominer. Tout simplement dominer.
Puis-je ajouter ma crainte que les peuples déclassés se révoltent pour le grand bonheur des extrêmes qui espèreront les récupérer et des dictateurs qui sauront les mater.
L'Intelligence Artificielle n'est pas l'amie de la démocratie.
Mais Léon XIV a la foi; il espère que les gouvernants, et les organisations internationales s'accorderont pour éviter cette course à l'abime.
Alors espérons avec lui; cela ne peut que nous aider.
Et voulez-vous que je vous dise, moi malheureusement devenu homme de peu de foi, ce Pape, à Paris m'a fait du bien.
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