Allumer le feu
1792. Le pouvoir royal était à genoux. D'ailleurs il n'y avait plus de pouvoir royal. Louis XVI ne tenait plus que la politique extérieure qu'il maîtrisait à la perfection.
Les finances du royaume étaient dans un état désastreux avec un déficit considérable et une dette qui ne l'était pas moins.
Entre 1789 et 1792 Louis XVI avait changé 6 fois de ministre des comptes publics.
Après des années de désastre climatique entre 1786 et 1788 , les récoltes s'étaient effondrées et la pénurie frumentaire avait entrainé un hausse insupportable des prix, ceux du pain notamment.
Pendant ce temps, le clergé et la noblesse luttaient pour préserver leurs privilèges.
Puis quand en 1792 la France s'est engagée dans ce qu'on nommera "les guerres révolutionnaires", ce qu'il restait des finances publiques fut ponctionné provoquant un regain désastreux d'inflation.
Le peuple souffrait.
On sait ce qui s'en suivit en janvier 1793, après le piteuse tentative d'évasion du roi, puis après.
2026. Le pouvoir présidentiel est à genoux. Emmanuel Macron , dans la réalité ne tient que la politique extérieure qu'il maîtrise à la perfection.
Les finances du pays sont dans un état catastrophique : déficit considérable, dette hors de contrôle, taux qui s'envolent et dépréciation des titres de créance sur l'État.
Cinq ministres des compte publics depuis 2022.
Les prix des produits de base s'envolent, conséquences de guerres menées par d'autres.
Le premier ministre, courageux, voir sacrificiel, fait ce qu'il peut, sachant sans doute qu'au fond, les choses étant ce qu'elles sont, il ne peut que très peu.
Il demande des efforts. Tout le monde y est favorable à la conditions que ce soient les autres.
Car le privilégié, c'est toujours le voisin.
On m'a parlé de quelqu'un qui, trouvant son yacht de 105 mètres trop petit, s'en fait construire une autre de près de 150 mètres pour un coût estimé à un demi-milliard. Il paraît qu'il peste contre la fiscalité "confiscatoire".
Alors le peuple gronde qui, nourri des réseaux sociaux, sait désormais beaucoup de choses.
On m'a dit que le marin s'en offusquait.
En 1998 Johnny Halliday chantait "Allumer le feu" .
Il suffira d'une étincelle
D'un rien, d'un geste
Il suffira d'une étincelle
D'un mot d'amour, pour
En 2026 Jean-Luc Mélenchon ne chante pas à l'infinitif mais crie à l'impératif: "Allumez le feu !".
Ce n'est pas un mot d'amour, ce n'est même pas un appel, c'est un ordre.
Il envoie ses troupes encourager les émeutes, aujourd'hui lycéennes et, souhaite-t-il, populaires demain.
Ils ont des sujets les lycéens: professeurs manquants, Parcoursup déficient , arrivée de l'IA qui leur fait redouter l'avenir. Et le sentiment que tout là-haut, dans les cieux élyséens, on s'en contrefiche; sept ministres de l'éducation depuis 2022.
Des lycées brûlent et Mélenchon s'en délecte.
Ce vieux monsieur a la révolte érectile, j'en suis convaincu.
Alors, au lieu de calmer il encourage l'émeute, ou la fait encourager
Quelques temps auparavant, il hurlait à destination des préfets.
"Nous ne sommes pas vos copains....Nous vous mettrons en prison avant que vous nous y mettiez". Vous ne cauchemardez pas; je cite.
Il veut par ailleurs faire de la "souveraineté populaire permanente" le premier principe de l'État, en organisant des "référendums citoyens" qui permettraient de proposer ou d'abroger des lois et de révoquer des élus.
Révoquer des élus ! Vous avez bien lu. Le peuple contre ses représentants.
La représentation nationale soumise aux aléas de la volonté populaire manipulée par des tribuns vaniteux et fanatiques.
Et la prison pour les "soupçonnés d'opposition".
Somme toute, le rétablissement des clubs de 1789 . Bretons, Cordeliers et tant d'autres rivalisant à coup d'invectives, d'anathèmes, de jugements et à la fin de condamnations.
Mélenchon est très cultivé. Il sait parfaitement ce qu'il veut et ce qu'il fait au service de sa démesure.
Car s'il pense à raison que l'histoire ne se répète pas , il sait en revanche que le même type de causes provoque le même type d'effets.
Eh bien nous y sommes.
Sans-doute a-t-il lu ce que dans "L'Année terrible" Victor Hugo avait écrit: "Souvent la foule trahit le peuple".
Mais peu lui chaut; à son âge "on fait tapis" et puis on verra bien.
Il a constitué autour de lui une armée de Saint-Just, de Desmoulins, d'Hanriot, qui aujourd'hui se nomment Bompard, Panot, Bagayoko, Boyard ou Clouet.
Il y a chez lui un mélange de Danton , pour ses talents de tribun et de Robespierre pour la folle obsession qu'il a lui-même et le rejet paranoïaque de qui ne l'adule pas.
Mais voilà, cet homme que je méprise raconte une histoire, comme à l'autre extrême que je méprise largement autant on en raconte une autre.
Entre eux, pour l'instant, des chamailleries, aucun souffle.
Or le peuple veut un récit. Il attend qu'on lui montre un chemin.
De Gaulle l'a fait, évidemment.
Après lui, Pompidou oh combien, puis Giscard, Mitterrand, Chirac dans une certaine mesure aussi.
Je ne les aimais pas tous mais ce n'est pas le sujet.
Nous sommes en octobre, il ne reste qu'à peine un peu plus de six mois.
Allons, espérons ! Il reste encore un peu plus de six mois.
Six mois, en politique c'est l'éternité plus un jour.